{"id":501,"date":"2026-01-03T16:44:40","date_gmt":"2026-01-03T16:44:40","guid":{"rendered":"https:\/\/arifene.fr\/?page_id=501"},"modified":"2026-01-03T16:44:40","modified_gmt":"2026-01-03T16:44:40","slug":"le-domaine-de-naevis-3-ou-il-est-question-des-poulligs","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/arifene.fr\/index.php\/le-domaine-de-naevis-3-ou-il-est-question-des-poulligs\/","title":{"rendered":"Le domaine de N\u00e6vis -3- O\u00f9 il est question des Poulligs"},"content":{"rendered":"\n<p>Les Poulligs m\u00e8nent une existence \u00e9loign\u00e9e de l&rsquo;agitation humaine, leur monde est fait de gestes quotidiens, de partages et d\u2019une solidarit\u00e9 si naturelle qu\u2019elle ne se nomme pas. Alors que les humains construisent fronti\u00e8res et syst\u00e8mes hi\u00e9rarchiques complexes, les Poulligs privil\u00e9gient le rythme ancestral du cycle des saisons, les relations tiss\u00e9es entre familles, et consid\u00e8rent la parole donn\u00e9e comme l&rsquo;unique r\u00e8gle inviolable de leur soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Ils ne craignent pas la rudesse des jours ni la morsure du froid, leur force n\u2019est pas seulement musculaire mais aussi int\u00e9rieure, n\u00e9e de la conviction que la vie m\u00e9rite d\u2019\u00eatre c\u00e9l\u00e9br\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019ailleurs, F\u00e6nek l\u2019a remarqu\u00e9, hormis, parfois, une flamb\u00e9e de bois secs arrach\u00e9s par le vent et ramass\u00e9s par terre, il ne chauffe jamais leur logis. Ils ne coupent les arbres qu\u2019avec respect et les remercient du don qu\u2019ils font en subissant la hache, et n\u2019utilisent le bois que dans la construction de charpentes ou de meubles, en aucun cas en bois de chauffage.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Formation des communaut\u00e9s<\/h4>\n\n\n\n<p>Ils forment de petites communaut\u00e9s harmonieuses, d\u00e9passant rarement dix personnes. Chaque groupe s\u00e9lectionne ses membres non par liens sanguins ou obligations h\u00e9rit\u00e9es, mais selon l&rsquo;harmonie subtile des temp\u00e9raments et la compl\u00e9mentarit\u00e9 des talents.<\/p>\n\n\n\n<p>Une herboriste s&rsquo;associe naturellement \u00e0 un forgeron, un cultivateur rejoint une cuisini\u00e8re, un \u00e9b\u00e9niste se liera avec une chamane, veillant toujours \u00e0 former un cercle complet et \u00e9quilibr\u00e9, tel un panier o\u00f9 chaque brin soigneusement entrelac\u00e9 renforce l&rsquo;ensemble et comble les espaces vides.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">L\u2019apparence des Poulligs<\/h4>\n\n\n\n<p>Leur physique t\u00e9moigne \u00e9loquemment de leur vie ext\u00e9rieure constante : peau burin\u00e9e par le soleil, riche de nuances chaudes et terreuses comme les sillons fertiles qu&rsquo;ils creusent chaque saison. Leurs mains, larges et noueuses, racontent \u00e0 elles seules une vie fa\u00e7onn\u00e9e par le travail manuel, portant un savoir ancestral transmis par les gestes inlassablement r\u00e9p\u00e9t\u00e9s. Elles gardent pourtant une douceur \u00e9tonnante, comme si la terre elle-m\u00eame les avait model\u00e9es sans leur \u00f4ter leur tendresse. Leurs habits, rustiques et remarquablement durables, sont cr\u00e9\u00e9s avec soin \u00e0 partir de fibres v\u00e9g\u00e9tales patiemment fil\u00e9es, color\u00e9es aux teintes naturelles qui les entourent : bruns profonds d&rsquo;\u00e9corce, verts tendres d&rsquo;herbage, bleus d\u00e9licats de fleurs sauvages cueillies au cr\u00e9puscule.<\/p>\n\n\n\n<p>Leurs traits sont doux et expressifs, souvent \u00e9clair\u00e9s d&rsquo;un sourire spontan\u00e9 effa\u00e7ant momentan\u00e9ment les marques de l&rsquo;effort quotidien. Une chevelure abondante et libre ou parfois nou\u00e9e en chignon ou en catogan encadre leur visage ouvert au monde. Le sourire y habite presque toujours, sauf aux heures sombres o\u00f9 il faut prendre les armes contre les humains ou les loups. Ils affrontent sans crainte apparente la duret\u00e9 du quotidien et les morsures impitoyables du froid hivernal, leur force \u00e9tant autant physique que mentale, puis\u00e9e dans leur conviction in\u00e9branlable que la vie, malgr\u00e9 ses \u00e9preuves, m\u00e9rite une c\u00e9l\u00e9bration constante.<\/p>\n\n\n\n<p>Chez eux, chaque pas, chaque regard semble rappeler qu\u2019ils ne vivent pas seulement <em>sur<\/em> la terre, mais avec elle. Leurs yeux p\u00e9tillent d\u2019une bienveillance profonde. Pourtant, lorsqu\u2019il le faut, les Poulligs savent se dresser avec d\u00e9termination et une \u00e9nergie farouche qui surprend leurs adversaires.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Le courage, les m\u00e9tiers et les traditions des Poulligs<\/h4>\n\n\n\n<p>Leur bravoure exceptionnelle na\u00eet de leur unit\u00e9 fondamentale : personne ne combat jamais pour soi, seul, chacun d\u00e9fend le groupe entier auquel il appartient visc\u00e9ralement. Leur devise est d\u2019ailleurs&nbsp;: <strong><em>C\u0153urs braves, nous sommes ensemble !<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Leur quotidien est ancr\u00e9 dans la terre : cultiver, b\u00e2tir, r\u00e9parer, soigner. Chaque t\u00e2che est accomplie avec s\u00e9rieux, mais jamais avec lourdeur.<\/p>\n\n\n\n<p>Ils chantent en tressant les cordes, plaisantent en charriant les pierres, improvisent des danses autour des flamb\u00e9es de veill\u00e9e. La joie n\u2019est pas pour eux un luxe, mais un outil : elle resserre les liens autant qu\u2019une corde bien nou\u00e9e.<a><\/a><\/p>\n\n\n\n<p>La transmission occupe une place essentielle. Les anciens enseignent non par longs discours, mais par r\u00e9cits et symboles. Une fable r\u00e9cit\u00e9e au coin du feu vaut mieux qu\u2019un sermon. Ainsi, les enfants apprennent que le courage, la patience ou la ruse sont des tr\u00e9sors \u00e0 cultiver autant que le bl\u00e9 ou les ch\u00e8vres.<\/p>\n\n\n\n<p>Un vieil \u00e9tourneau disait souvent \u00e0 ses petits : \u00ab&nbsp;Je ne vous apprends pas \u00e0 voler pour que vous m\u2019imitiez, mais pour que vous rejoigniez le ciel. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Les enfants Poulligs rient \u00e0 ces paroles, mais au fond, ils savent que la libert\u00e9 ne se transmet pas, elle s\u2019\u00e9veille.<\/p>\n\n\n\n<p>En regardant les Poulligs, on pourrait croire qu\u2019ils m\u00e8nent une vie aust\u00e8re, mais il n\u2019en est rien. Leur richesse se mesure dans la qualit\u00e9 de leurs liens. Ils n\u2019ont ni ch\u00e2teau ni tr\u00e9sor, et pourtant ils se consid\u00e8rent combl\u00e9s. Car pour eux, la v\u00e9ritable abondance n\u2019est pas dans l\u2019accumulation mais dans le partage des ouvrages, ainsi que de l\u2019amiti\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Une journ\u00e9e chez les Poulligs<\/h4>\n\n\n\n<p>Le jour se termine, bient\u00f4t il fera nuit. Sylr\u00e6 met la table sous l\u2019auvent. K\u00e6leb allume la lampe \u00e0 huile suspendue \u00e0 la poutre, gr\u00e2ce \u00e0 des tiges de fibre de pierre volcanique dispos\u00e9es judicieusement pour que la flamme les chauffe \u00e0 blanc. En quelques minutes, une clart\u00e9 blanche et vive \u00e9claire les assiettes. La flamme vibre sans bruit, et la tige blanchie jette un halo qui adoucit les angles des choses. La lumi\u00e8re glissa sur l\u2019osier des paniers et trouva les veines du bois de table. Une odeur tr\u00e8s l\u00e9g\u00e8re de pierre chaude se m\u00eala \u00e0 celle des l\u00e9gumes fumants, et ce m\u00e9lange simple disait d\u00e9j\u00e0 la paix du soir.<\/p>\n\n\n\n<p>Dehors, l\u2019air reste ti\u00e8de, sous l\u2019auvent, la lumi\u00e8re apprivois\u00e9e fait luire le bord des assiettes et les fibres de l\u2019osier. On entend, loin dans la vall\u00e9e, un \u00e2ne qui brait puis se tait. Cette mis\u00e8re de sons, cette paix, forment comme une coque autour du hameau.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Merci, mon ch\u00e9ri. Prends garde \u00e0 ne pas tomber.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Elle lui tend la main pour l\u2019aider \u00e0 descendre de la table.<\/p>\n\n\n\n<p>N\u00e6riah sort de la cuisine avec un grand plat de l\u00e9gumes fumants, garnis de quelques \u0153ufs durs.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Tu as encore salop\u00e9 la table avec tes sabots, K\u00e6leb ! Pense \u00e0 les enlever avant de monter dessus.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Bah, ce n\u2019est que de la terre, r\u00e9pond Dr\u00e6vos en surgissant sous l\u2019auvent. Pas de quoi en faire un plat : un coup de torchon et c\u2019est propre.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Dr\u00e6vos porte un grand panier d\u2019osier rempli de betteraves, de choux et de potirons.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Je pose \u00e7a o\u00f9 ?\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0La table est prise.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Pose-le dans la cuisine, nigaud. Quel empot\u00e9&nbsp;!\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Dr\u00e6vos d\u00e9pose son fardeau, ressort, attrape N\u00e6riah par la taille et la soul\u00e8ve \u00e0 hauteur de visage.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Comment dis-tu que je m\u2019appelle ? Nigaud ? Petite effront\u00e9e !\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>N\u00e6riah ne mesure qu\u2019un m\u00e8tre soixante, Dr\u00e6vos culmine \u00e0 deux m\u00e8tres dix.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0L\u00e2che-moi, grand nigaud. Descends-moi tout de suite et sans me l\u00e2cher.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Il lui plaque un baiser sur la bouche puis la repose avec douceur. N\u00e6riah rougit et maugr\u00e9e. Les doigts de Dr\u00e6vos avaient la chaleur des mains qui travaillent dehors, ceux de N\u00e6riah, une fermet\u00e9 vive, comme une branche de noisetier. Quand elle reprenait pied au sol, on entendait le tr\u00e8s l\u00e9ger froissement de sa jupe sur la pierre, juste avant que son rire ne fuse, ce petit \u00e9clat qui, chaque soir, semblait rallumer le feu.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Je vois que je te fais toujours le m\u00eame effet, petite N\u00e6riah, sourit Dr\u00e6vos.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Mird\u00e6n et \u00c6loria arrivent en traversant la cour pav\u00e9e et passent sous l\u2019auvent en \u00e9cartant le rideau de cl\u00e9matites, les bras charg\u00e9s de bouteilles.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Bi\u00e8re ou vin ?\u00a0\u00bb demande K\u00e6leb.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0On a pris de la bi\u00e8re\u00a0\u00bb, r\u00e9pond Mird\u00e6n. \u00ab\u00a0Je peux retourner chercher du vin si tu pr\u00e9f\u00e8res.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Non, la bi\u00e8re ira bien pour ce soir.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Les maisons des Poulligs&nbsp;&nbsp;<\/h4>\n\n\n\n<p>La maison de K\u00e6leb et Sylr\u00e6 est la seule avec une grande cuisine et une porte-fen\u00eatre ouvrant sur une vaste terrasse couverte d\u2019un treillis de branches, recouvert de vignes qui grimpent et de cl\u00e9matites qui descendent en rideau sur les trois c\u00f4t\u00e9s de cet auvent. Elle compte deux chambres et une grande salle commune \u00e9quip\u00e9e d\u2019une grande table massive, une chemin\u00e9e o\u00f9 br\u00fble un feu de petit bois qu\u2019entretient Sylr\u00e6 et o\u00f9 sont suspendus, pour les fumer, des morceaux de viande de poulet.<\/p>\n\n\n\n<p>Les deux autres maisons sont celles de Dr\u00e6vos et N\u00e6riah, et de Mird\u00e6n et \u00c6loria. Construites selon le m\u00eame plan, mais sans terrasses, les maisons sont reli\u00e9es par une grande cour ronde pav\u00e9e. Les Poulligs se rassemblent toujours sous l\u2019auvent pour partager les repas, ou dans la cuisine quand le vent forcit. Les maisons, dessin\u00e9es par K\u00e6leb, et ont \u00e9t\u00e9 b\u00e2ties quatre ann\u00e9es plus t\u00f4t, juste apr\u00e8s leur arriv\u00e9e, par ces trois couples r\u00e9fugi\u00e9s dans cette vall\u00e9e \u00e0 l\u2019abri des chevauch\u00e9es d\u2019humains qui ravageaient les cultures.<\/p>\n\n\n\n<p>Dr\u00e6vos a servi d\u2019\u00e9chafaudage, portant Mird\u00e6n ou K\u00e6leb sur ses \u00e9paules pour poser les poutres du toit. La construction s\u2019est \u00e9tir\u00e9e du printemps \u00e0 l\u2019automne. L\u2019hiver venu, chacun s\u2019est tenu devant sa chemin\u00e9e de pierre \u00e0 profiter d\u2019une bonne flamb\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans chaque foyer, le feu cr\u00e9pite, plus pour m\u00e9diter que pour r\u00e9chauffer, la chaleur n\u2019est pas dans les flammes, mais dans les c\u0153urs.<\/p>\n\n\n\n<p>Les maisons sont dispos\u00e9es dans une portion caillouteuse au centre du cirque naturel, entour\u00e9e d\u2019une plaine herbeuse. L&rsquo;unique col d\u2019acc\u00e8s \u00e0 cette plaine est une pente abrupte et tra\u00eetre, des pierres amass\u00e9es font perdre l\u2019\u00e9quilibre. C\u2019est la raison pour laquelle seuls deux \u00e2nes et trois mulets ont pu \u00eatre amen\u00e9s, les chevaux, auraient \u00e9t\u00e9 trop lourds.<\/p>\n\n\n\n<p>Les Poulligs se distinguent des humains. Autant par leur mode de vie que par leur mani\u00e8re d\u2019habiter le monde. Ils choisissent la simplicit\u00e9 des campagnes. Ils fuient les foules, les march\u00e9s bruyants, les murailles \u00e9touffantes, pr\u00e9f\u00e9rant le souffle large des plaines et la qui\u00e9tude des vall\u00e9es. Ils n\u2019ont pas de monnaie, les \u00e9changes entre groupes se font par troc, et au sein d\u2019une m\u00eame communaut\u00e9, il n\u2019y a pas de possession individuelle, tout est communautaire.<\/p>\n\n\n\n<p>Leurs communaut\u00e9s ne comptent jamais plus d\u2019une dizaine d\u2019\u00e2mes. Chaque groupe se forme avec soin : on se choisit autant pour ses affinit\u00e9s de caract\u00e8re que pour ses savoir-faire. Ainsi naissent des cercles solidaires, presque familiaux, o\u00f9 chacun apporte sa comp\u00e9tence et sa force, et o\u00f9 l\u2019\u00e9quilibre tient autant de l\u2019amiti\u00e9 que de la n\u00e9cessit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e8s leur arriv\u00e9e, les enfants, V\u00e6lis et \u00c6lion, \u00e2g\u00e9s alors de douze et treize ans, travaillent au potager sous la supervision de Dr\u00e6vos. Ils creusent des foss\u00e9s d\u2019un m\u00e8tre de large et d\u2019un m\u00e8tre trente de profondeur, b\u00e2tissent des murets de pierres s\u00e8ches et pavent le fond de dalles plates, avec des escaliers \u00e0 chaque extr\u00e9mit\u00e9. Dr\u00e6vos leur montre comment choisir et assembler les pierres, comment tailler le schiste trouv\u00e9 au pied de la colline. Il a trac\u00e9 les contours du jardin et la largeur des planches selon \u201cle plus court bras de la communaut\u00e9\u201d pour que chacun puisse atteindre le centre sans fatigue. En dehors des enfants, c\u2019\u00e9tait celui de N\u00e6riah : quarante-cinq centim\u00e8tres. Les planches font donc quatre-vingt-dix centim\u00e8tres et sont bord\u00e9es de foss\u00e9s praticables.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce fut l\u2019occasion d\u2019une dispute m\u00e9morable.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Qu\u2019est-ce que tu fais ? Mais l\u00e2che-moi !\u00a0\u00bb crie N\u00e6riah. <\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Repose-moi tout de suite, et doucement s\u2019il te pla\u00eet, je ne suis pas une poup\u00e9e !\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Dr\u00e6vos a tendu une ficelle entre l\u2019aisselle et la main de sa M\u00e6lli\u00e6 avant de la rel\u00e2cher.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Tu n\u2019aurais pas accept\u00e9, susceptible que tu es, de me donner la longueur de ton bras.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Tu ne m\u2019as rien demand\u00e9, je te signale.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Parce que je sais que \u00e7a finirait en une heure d\u2019explications pour justifier cette mesure.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Ah bon ? Parce que je ne comprends rien, ou parce que tu expliques mal ?\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Ni l\u2019un ni l\u2019autre. Je n\u2019ai pas envie de perdre du temps \u00e0 dire qu\u2019il me faut ta mesure pour calculer la largeur des planches.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Calculer la largeur du potager ? Grande brute \u00e9paisse ! Pour quoi faire ? Tu crois que je vais mettre les pieds dans ton bourbier ?\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Tu vois ?\u00a0\u00bb dit Dr\u00e6vos en prenant K\u00e6leb \u00e0 t\u00e9moin. \u00ab\u00a0Elle m\u2019embrouille toujours la t\u00eate.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Et tu pars comme \u00e7a ? Tu as ta mesure mais je n\u2019ai pas une bise.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Dr\u00e6vos se retourne, saisit N\u00e6riah par la taille et l\u2019embrasse goul\u00fbment.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Une bise, j\u2019ai dit, pas de me l\u00e9cher la pomme\u00a0\u00bb, grogne-t-elle en s\u2019essuyant la bouche.<\/p>\n\n\n\n<p>Les Poulligs riaient aux \u00e9clats, et m\u00eame les plus timides finissaient par sourire. Dr\u00e6vos levait alors un sourcil faussement s\u00e9v\u00e8re, tandis que N\u00e6riah lui donnait un petit coup de coude complice. Ces gestes, plus encore que les paroles, enseignaient que la joie \u00e9tait une forme de sagesse, leurs rires s\u2019entendaient de loin, clairs et l\u00e9gers comme le tintement de clochettes.<\/p>\n\n\n\n<p>Le rire se propagea jusqu\u2019au bout de l\u2019auvent, roula sur les dalles, s\u2019en alla toucher les feuilles de lierre et revint comme un \u00e9cho plus doux. C\u2019\u00e9tait ainsi, \u00e0 N\u00e6vis : une blague chassait la fatigue comme une brise chasse la brume.<\/p>\n\n\n\n<p>K\u00e6leb, prenant les enfants sur ses genoux, raconta&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est l\u2019histoire de La belette et l\u2019\u00e9cho&nbsp;: Une belette courait plus vite que son ombre. Un jour, l\u2019\u00e9cho lui r\u00e9pondit plus fort qu\u2019elle, et elle eut peur.<\/p>\n\n\n\n<p>Les enfants rirent et K\u00e6leb conclut : Ce que tu donnes, le monde te le renvoie. Crie la joie, et la joie te reviendra.<\/p>\n\n\n\n<p>Dr\u00e6vos retourne au potager, accompagn\u00e9 des enfants V\u00e6lis et \u00c6lion qui rient encore. Dans la plaine des lapins sautillent et les enfants remarquent un lapin roux.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Regarde, Dr\u00e6vos, un lapin rouge&nbsp;!\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Ce n\u2019est pas un lapin roux, c\u2019est un renard.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Regardez-le, les enfants, il nous regarde.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Oui, il est comme la belette, il court plus vite que son ombre&nbsp;!\u00a0\u00bb dit \u00c6lion en riant aux \u00e9clats.<\/p>\n\n\n\n<p>Dr\u00e6vos a trac\u00e9 huit parcelles de trente m\u00e8tres et entour\u00e9 le terrain d\u2019une palissade d\u2019un m\u00e8tre cinquante pour tenir les b\u00eates \u00e0 distance, puis plant\u00e9 des arbustes bas pour abriter les h\u00e9rissons qui mangent limaces et escargots.<\/p>\n\n\n\n<p>Mird\u00e6n, fin forgeron, est mis \u00e0 contribution : scie pour d\u00e9biter le bois, fourches, houes, clous, marteaux, mille petites pi\u00e8ces utiles. K\u00e6leb a d\u2019abord construit la forge : un bon soufflet de bois garni de toile de chanvre, tiss\u00e9e par Sylr\u00e6 sur le m\u00e9tier que K\u00e6leb lui a fabriqu\u00e9. K\u00e6leb, esprit d\u2019invention, con\u00e7oit, esquisse, sugg\u00e8re : les foss\u00e9s du potager, la scierie \u00e0 venir, la scie plate sans manche \u00e0 deux \u0153illets.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0J\u2019ai besoin d\u2019une scie plate sans manche, avec deux trous comme ce mod\u00e8le\u00a0\u00bb, dit-il en tendant un croquis \u00e0 Mird\u00e6n. <\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0C\u2019est pour une scierie : on aura des planches droites, des poutres justes.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Je te fais \u00e7a ce soir\u00a0\u00bb, r\u00e9pond Mird\u00e6n.<\/p>\n\n\n\n<p>Il appr\u00e9cie K\u00e6leb, qu\u2019il consid\u00e8re, sans pr\u00e9tention, comme le chef naturel de la communaut\u00e9. \u00c6loria partage cet avis. Le matin m\u00eame, ils en ont parl\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Pour la coh\u00e9sion, il nous faut un chef\u00a0\u00bb, dit \u00c6loria. \u00ab\u00a0Pas directif : sage et p\u00e9dagogue. Je ne vois que K\u00e6leb.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Je proposerai sa d\u00e9signation ce soir\u00a0\u00bb, r\u00e9pond Mird\u00e6n.<\/p>\n\n\n\n<p>Le soir venu, les trois couples et leurs enfants se retrouvent sous l\u2019auvent. L\u00e9gumes du potager, pain, un peu de miel, une jarre de bi\u00e8re l\u00e9g\u00e8re. K\u00e6leb l\u00e8ve son gobelet, Sylr\u00e6 contre son \u00e9paule.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Tant que ta main est dans la mienne, je suis serein.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Et moi, quand la tienne tient la mienne, mes craintes s\u2019envolent\u00a0\u00bb, r\u00e9pond Sylr\u00e6.<\/p>\n\n\n\n<p>Dr\u00e6vos l\u00e8ve les yeux au ciel.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Toujours les m\u00eames phrases sucr\u00e9es\u2026 Vous allez nous rendre malades.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>N\u00e6riah lui donne un coup de coude.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Tais-toi. Tu ferais bien d\u2019en dire une comme \u00e7a, une fois. Mais toi, tu n\u2019as que des muscles : tellement que ta cervelle n\u2019a pas pu pousser. Aucune po\u00e9sie, que des biscotos, grand nigaud !\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Mais ch\u00e9rie, je t\u2019aime !\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Oui, &lsquo;je t\u2019aime&rsquo;. Pauvre discours. Pas de fleurs, pas de baiser tendre dans le cou, rien\u2026 juste des l\u00e8ches-pomme, brutal nigaud !\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Les rires \u00e9clatent. Dr\u00e6vos boude un peu, touch\u00e9 dans son orgueil, il se promet de demander conseil \u00e0 K\u00e6leb d\u00e8s le lendemain pour trouver des mots qui plaisent \u00e0 sa petite N\u00e6riah.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c6lion et V\u00e6lis sont un peu \u00e0 l\u2019\u00e9cart. Leurs regards se croisent sans cesse. \u00c6lion rougit et d\u00e9tourne la t\u00eate, V\u00e6lis s\u2019amuse \u00e0 le fixer pour le troubler et, par ce jeu silencieux, lui dire qu\u2019elle n\u2019est pas insensible non plus. Elle se dit qu\u2019il finira bien par parler, mais qu\u2019il prend son temps.<\/p>\n\n\n\n<p>Plus loin, Mird\u00e6n et \u00c6loria parlent peu. Main dans la main, ils suivent des yeux les ombres que la flamme dessine sur le mur.<\/p>\n\n\n\n<p>La nuit tombe doucement. Le repas s\u2019ach\u00e8ve dans la tranquillit\u00e9. Sylr\u00e6 d\u00e9barrasse, \u00c6loria apporte les tisanes de chacun : verveine pour K\u00e6leb, Sylr\u00e6, \u00c6lion et V\u00e6lis, tilleul pour Dr\u00e6vos et N\u00e6riah, d\u00e9coction d\u2019\u00e9corces de saule et herbes pour elle-m\u00eame. \u00c6loria conna\u00eet les propri\u00e9t\u00e9s des plantes : on la consulte pour les maux et les blessures. Elle sait o\u00f9 trouver tilleul, saules, consoude pour les fractures.<\/p>\n\n\n\n<p>Avant que tous ne se s\u00e9parent, Mird\u00e6n demande la parole. La solennit\u00e9 de sa voix rassemble le groupe.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Avant de nous quitter, parlons de la direction de notre groupe. Nous avons dormi sous tente six mois, \u0153uvr\u00e9 d\u2019un commun accord. Chacun travaille selon ses talents, et nous n\u2019avons pas d\u2019esprit de comp\u00e9tition. Mais en cas de danger, il nous faudra une voix pour ne pas nous disperser. Des remarques ? Des candidats ?\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Je ne vois personne d\u2019autre que K\u00e6leb\u00a0\u00bb, tranche Dr\u00e6vos.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Pour une fois que son cerveau fonctionne, mon nigaud a bien parl\u00e9\u00a0\u00bb, rench\u00e9rit N\u00e6riah.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Je ne sais pas si un chef est n\u00e9cessaire\u00a0\u00bb, r\u00e9pond K\u00e6leb. \u00ab\u00a0Pour l\u2019instant, nous sommes en s\u00e9curit\u00e9, ce n\u2019est pas prioritaire.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0\u00c6loria ?\u00a0\u00bb demande Mird\u00e6n.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Je suis de l\u2019avis de Dr\u00e6vos, N\u00e6riah et Mird\u00e6n\u00a0\u00bb, dit \u00c6loria. \u00ab\u00a0Le seul qui puisse tenir ce r\u00f4le, c\u2019est toi, K\u00e6leb. Rien ne presse si tu ne le souhaites pas, mais sache que nous sommes unanimes : en cas d\u2019urgence, nous suivrons tes directives\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Je suis honor\u00e9\u00a0\u00bb, dit K\u00e6leb. \u00ab\u00a0Notre unit\u00e9 est notre force, en paix comme en tourmente. Disons ceci : pas de chef au quotidien. Mais s\u2019il y a urgence, je parlerai, et vous m\u2019\u00e9couterez, et nous serons saufs, quels que soient les \u00e9v\u00e9nements.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Le lendemain, K\u00e6leb s\u2019att\u00e8le \u00e0 la scierie. Il \u00e9quarrit des troncs \u00e0 l\u2019herminette, avec les haches que Mird\u00e6n a forg\u00e9es deux jours plus t\u00f4t. Le forgeron a d\u00e9j\u00e0 produit herminettes (plate et courbe), b\u00eates et fourches pour le potager, louches, casseroles, marmites, mille ustensiles. Infatigable, il s\u2019interrompt parfois pour abreuver son \u00e2ne, qui actionne le soufflet attel\u00e9 dans un man\u00e8ge con\u00e7u par K\u00e6leb.<\/p>\n\n\n\n<p>Quelques semaines auparavant, K\u00e6leb et Mird\u00e6n ont pr\u00e9par\u00e9 une charbonni\u00e8re : un cercle de trois m\u00e8tres, recouvert de lauzes, rempli de bois, coiff\u00e9 d\u2019une \u00e9paisse couche de glaise. Un trou d\u2019appel \u00e0 la base, une torche de r\u00e9sine pour l\u2019allumage, puis on bouche et on laisse cuire : le charbon sort, noir et l\u00e9ger. Le p\u00e8re de Mird\u00e6n en vivait, le geste est ancien, s\u00fbr.<\/p>\n\n\n\n<p>Les enfants ont d\u00e9couvert des grottes riches en minerai de fer, l\u2019eau rouge du lac voisin trahissait la source. Avec Dr\u00e6vos, K\u00e6leb et Mird\u00e6n ont b\u00e2ti un four de pierre volcanique. On l\u2019alimente par couches de minerai concass\u00e9 et de charbon de bois. Le soir, on en retire une loupe que Mird\u00e6n affine \u00e0 la forge. Le martinet con\u00e7u par K\u00e6leb et actionn\u00e9 par le ruisseau qui coule pr\u00e8s de la forge cadence la soir\u00e9e : tac, tac, tac. Le son sec du m\u00e9tal qui se tend, puis la plainte plus sourde quand la loupe c\u00e8de enfin. Une odeur de r\u00e9sine, de braise et de terre s\u2019\u00e9l\u00e8ve de la forge et se m\u00eale \u00e0 la nuit naissante.<\/p>\n\n\n\n<p>Le four tourne quasi en continu, la communaut\u00e9 a list\u00e9, \u00e0 la veill\u00e9e, tout ce qu\u2019il faudra forger en priorit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Mird\u00e6n avait apport\u00e9 avec lui un laminoir et une fili\u00e8re \u00e0 tr\u00e9filer qu\u2019il tenait de son p\u00e8re. Ces deux dispositifs lui permettent de produire des plaques m\u00e9talliques et des fils d\u2019acier.<\/p>\n\n\n\n<p>Les Poulligs et \u2013 surtout Sylr\u00e6 \u2013 ont besoin d\u2019aiguilles pour coudre le chanvre que Sylr\u00e6 tisse chaque jour. Elle a sorti d\u2019un sac une poign\u00e9e de graines et pri\u00e9 Dr\u00e6vos de les semer : quelques semaines plus tard, une parcelle bleuit de fleurs. Elle fauche au ras, couche en andains, retourne chaque jour : le lin brunit et se d\u00e9colle.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Pourquoi laisses-tu pourrir ces plantes ?\u00a0\u00bb demande Dr\u00e6vos. \u00ab\u00a0On ne pourra jamais manger \u00e7a !\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Heureusement. Ce n\u2019est pas pour manger, c\u2019est pour tisser.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Tisser\u2026 de la pourriture ?\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Tu vois du rouissage. Je r\u00e9cup\u00e8re les fibres, je file, puis je tisse.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Ah bon\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Oui je r\u00e9cup\u00e8re aussi les graines du lin, pour l\u2019huile de la lampe.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Grand nigaud\u00a0\u00bb, interviens. N\u00e6riah, \u00ab\u00a0au lieu de t\u2019\u00e9bahir, va voir tes courgettes : certaines sont trop grosses pour la marmite, dures comme du bois.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Pas si nigaud\u00a0\u00bb, r\u00e9plique Dr\u00e6vos. \u00ab\u00a0Celles-l\u00e0, je les garde pour la graine de l\u2019an prochain.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Et je croyais que tu ne mettrais pas les pieds dans mon bourbier.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Ah ? Tu n\u2019es pas si nigaud, alors ?\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Attends un peu.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Il la poursuit, la rattrape, la tourne et lui d\u00e9pose une bise sur la joue.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Pas de baiser l\u00e8che-pomme aujourd\u2019hui ? Tu deviendrais romantique, grand nigaud ? Quelle mouche t\u2019a piqu\u00e9 ?\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Les mouches ne me piquent pas : je suis cuirass\u00e9. La seule mouche qui veut absolument me piquer, c\u2019est toi.\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Sylr\u00e6 rit sous cape en les entendant se chamailler, tandis que la vall\u00e9e, paisible, se referme sur leur petite communaut\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi s\u2019\u00e9coulait la vie \u00e0 N\u00e6vis : travail et rire, veill\u00e9es et r\u00e9cits. Rien n\u2019\u00e9tait laiss\u00e9 au hasard, et pourtant tout semblait naturel. Les enfants grandissaient berc\u00e9s par ces histoires comme par un souffle invisible. Car chez les Poulligs, chaque sourire \u00e9tait un serment, et chaque devise un fil qui tissait l\u2019unit\u00e9 du peuple Poullig. Au loin, les cigales ralentissaient leur chant, la lampe p\u00e2lissait comme une lune domestiqu\u00e9e. Le ciel tirait d\u00e9j\u00e0 vers l\u2019encre, et l\u2019auvent devenait un havre de murmures et de mains qui rangent sans se presser.<\/p>\n\n\n\n<p>La nuit vient sans froid.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/arifene.fr\/index.php\/2026\/01\/03\/le-domaine-de-naevis\/\" data-type=\"post\" data-id=\"486\">\u2b06\ufe0f<\/a>\u27a1\ufe0f<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les Poulligs m\u00e8nent une existence \u00e9loign\u00e9e de l&rsquo;agitation humaine, leur monde est fait de gestes quotidiens, de partages et d\u2019une solidarit\u00e9 si naturelle qu\u2019elle ne se nomme pas. 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