La lisière de la forêt s’élevait comme une muraille. Les troncs, larges comme des maisons, montaient si haut que leurs cimes disparaissaient dans le ciel opalin. Chaque feuille semblait briller d’un éclat métallique, et un bruissement constant, presque un chœur, emplissait l’air.
En avançant, Félix sentit une angoisse sourde grandir dans sa poitrine. Ces arbres n’étaient pas seulement des arbres. Ils semblaient observer. Les feuillages s’agitaient en cadence, sans vent, comme s’ils respiraient à l’unisson.
- « Ce n’est pas une forêt… » murmura Ambre. « C’est… quelque chose de vivant. »
Nabil s’arrêta un instant, leva la tête et posa ses mains sur sa poitrine.
- « Que Dieu, nous protège », souffla-t-il.
À cet instant, Félix entendit une autre voix. Pas celle de Nabil. Pas la sienne. Une voix claire et grave, résonnant directement dans son esprit :
- « Ne crains pas, Félix. Je suis là. »
Il sursauta. Ses yeux cherchèrent la source. Zabulon, posté devant eux, le fixait de ses yeux phosphorescents.
- « C’est toi ? » balbutia Félix mentalement, sans bouger les lèvres.
- « Oui. Tes pensées sont des portes. J’y entre si je le veux. Je peux lire, mais aussi écrire, » souffla la voix du chat.
Félix sentit un vertige. Son cœur accéléra. Lire et écrire dans mes pensées ?!
Zabulon cligna des yeux.
- « Tu n’es pas seul. Tu ne l’as jamais été. »
Ambre, qui observait Félix, fronça les sourcils.
- « Qu’est-ce qu’il te dit ? demanda-t-elle. »
Félix ouvrit la bouche, hésita. Avant qu’il ne réponde, la voix du chat se fit entendre dans l’esprit d’Ambre.
- « Tu n’as pas besoin de lui poser la question. Je suis déjà en toi. »
Ambre pâlit, la mâchoire crispée. Elle se retourna vers Nabil.
- « Toi aussi ? Tu l’entends ? »
Nabil resta immobile, puis hocha la tête.
- « Oui. Mais je n’ai pas peur. Ce don vient d’Allah. Peut-être qu’Il nous a envoyé ce chat pour nous guider. »
Zabulon remua la queue, satisfait.
- « Le garçon a raison. Mais écoutez bien : cette forêt parle aussi. Et elle ne vous veut pas forcément du bien. »
À peine avait-il prononcé ces mots que le sol se mit à vibrer. Entre les troncs, des silhouettes surgirent. Elles semblaient humaines, mais leurs corps étaient tissés de lianes et de feuilles. Leurs yeux brillaient comme des braises.
Ambre se plaça devant Félix et Nabil, le poing serré.
- « Des créatures ? Ici ? »
L’une d’elles s’avança, ses membres craquant comme du bois sec. Elle leva une main décharnée. Les autres firent cercle autour d’eux.
La voix de Zabulon résonna de nouveau dans leurs esprits.
- « Ne cédez pas à la peur. Ces êtres sentent vos pensées. Si vous paniquez, ils frapperont. Si vous restez unis, ils reculeront. »
Félix tremblait de tout son corps. Ambre se redressa, défiant la créature de ses yeux d’acier. Nabil, calme, répéta doucement :
- « Merci mon Dieu. »
La lueur des silhouettes sembla vaciller, comme si le mot les avait repoussées d’un pas.
Zabulon, campé entre eux et la horde, fit entendre un grondement mental :
- « Maintenant, c’est à vous de choisir : reculer, combattre… ou parler. »