Le chat Zabulon – 44 – Épilogue : Le couloir

La flamme du Dernier Feu flamboyait encore dans le ciel quand le sol se mit à trembler. Une faille lumineuse s’ouvrit au centre de la place, aspirant l’air, les chants, la clameur des habitants.

Zabulon bondit sur la pierre la plus haute, sa queue fouettant l’air.

  • « C’est l’heure. La Cité des Origines vous appelle. »

Ambre, Félix et Nabil se regardèrent une dernière fois. Aucun mot n’était nécessaire : leurs talismans palpitaient à l’unisson contre leur peau, comme des cœurs jumeaux. Ils franchirent la faille ensemble, main dans la main.

Un vertige les emporta. Lumières, sons, flammes, voix, tout se mêlait. L’univers se contracta dans un battement unique.


Le retour

Quand Félix rouvrit les yeux, il était allongé sur un lit. Des draps blancs. Le bip régulier d’une machine. L’odeur d’un hôpital.

Il se redressa brusquement, le souffle court. Était-ce un rêve ? Ses doigts cherchèrent son pendentif. Il était là, chaud contre sa poitrine.

Il sortit du lit, encore vacillant, et ouvrit la porte. Dans le couloir, il tomba nez à nez avec Ambre. Elle portait la même blouse pâle que lui, les cheveux défaits, mais ses yeux brillaient d’une intensité qu’il connaissait trop bien.

  • « Toi aussi… ? » murmura-t-elle.

Avant qu’il ne réponde, une silhouette menue apparut à l’autre bout du couloir : Nabil, en pyjama d’hôpital, tenant son amulette serrée dans sa main.

Ils se figèrent un instant, puis s’avancèrent les uns vers les autres. Aucune parole. Seulement cette certitude brûlante, qui battait dans leurs talismans comme dans leurs cœurs : ils n’avaient pas rêvé.

Ils avaient vécu.


L’horizon

Une fenêtre au bout du couloir s’ouvrait sur la ville. La vie ordinaire reprenait son cours : voitures, passants, soleil terne. Mais pour eux, tout avait changé.

Ambre posa une main sur l’épaule de Félix. Nabil leva les yeux vers eux avec une gravité d’adulte dans son corps d’enfant.

Zabulon n’était pas là. Mais dans leur esprit, sa voix résonna encore, claire et implacable :

  • « Ceci n’était que le commencement. La mission universelle vous attend. »

Un frisson les parcourut. Ils échangèrent un regard complice, effrayé, exalté.


Un nouveau foyer

Quelques jours plus tard, les autorités, soucieuses de reloger les survivants du séisme, leur attribuèrent une petite maison en périphérie. Un lieu simple, mais solide, loin des décombres. Ils décidèrent d’y vivre tous les trois, conscients que leur union était devenue indissociable, et qu’ils devraient bientôt repartir pour d’autres missions.

C’est là qu’ils retrouvèrent Zabulon. Redevenu un chat ordinaire aux yeux du monde, il se montrait grognon, refusant toute marque d’affection. Félix et Ambre se prenaient des coups de griffes dès qu’ils tentaient une caresse. Mais avec Nabil, c’était différent : l’enfant pouvait l’enlacer, le serrer contre lui, recevoir ronronnements et câlins affectueux.

Ambre, amusée, disait que Zabulon avait choisi son véritable maître. Félix souriait en silence, convaincu que rien n’était fini : leur étrange compagnon n’avait fait que se reposer avant la prochaine traversée.

Et dans cette maison fragile mais vivante, une famille nouvelle venait de naître.


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