Le chat Zabulon – 41 – La voix de l’enfant

Un tumulte s’éleva aussitôt dans la rue. Les habitants s’étaient massés des deux côtés de la frontière invisible. Certains, issus du quartier lumineux, criaient avec colère :

  • « Ils ont frappé nos gardes ! Ce sont des ennemis ! »
  • « Ils veulent nous voler notre flamme ! »

Mais d’autres, troublés, murmuraient :

  • « Peut-être qu’ils ont raison… Peut-être que notre lumière n’est qu’un mensonge. »

Du côté de l’ombre, les habitants sortirent en foule, attirés par la scène. Leurs regards étaient fatigués mais lucides. Plusieurs s’agenouillèrent, levant les bras vers Ambre, Félix et Nabil.

  • « Aidez-nous. Montrez-nous une autre voie. »

Ambre leva la main pour imposer le silence.

  • « Nous ne sommes pas venus pour prendre, ni pour diviser. Nous sommes venus pour rallumer la flamme qui est déjà en vous. »

Félix serrait toujours l’enfant contre lui. Celui-ci se redressa enfin, essuyant ses larmes. Ses yeux, brillants d’une intensité nouvelle, fixèrent l’assemblée.

  • « Moi, je n’ai pas choisi l’ombre, ni la lumière. J’ai choisi ceux qui m’ont protégé. Ceux qui n’ont pas exigé un sourire faux, ni ne m’ont abandonné à la faim. »

Un silence tomba. Les mots de l’enfant résonnaient plus forts que tout discours.

  • Nabil posa sa main sur son épaule et dit doucement :
  • « Alors sois notre guide. Montre-nous où brûle la troisième flamme. »

La marche

L’enfant acquiesça. Il s’avança au milieu de la frontière, là où l’ombre et la lumière semblaient se repousser sans se mélanger. Ses pas le menèrent jusqu’à une petite ruelle oubliée, que personne n’avait osé emprunter.

  • « Par ici, dit-il d’une voix étonnamment assurée. »

Les habitants hésitèrent, certains reculant, d’autres les suivant avec prudence.

Zabulon, trottant à côté de l’enfant, lança dans les esprits de tous :

  • « Voilà le chemin que vous n’avez jamais regardé. »
  • « Ni l’ombre, ni la lumière… mais le centre. »

Vers la troisième flamme

La ruelle déboucha sur une place déserte, au cœur de la cité fracturée. Là, une colonne de pierre noire se dressait, fissurée, presque éteinte. Une faible braise rougeoyait encore en son sommet, prête à s’éteindre.

Ambre, les yeux écarquillés, murmura :

  • « La troisième flamme… »

Félix serra son pendentif contre sa poitrine, le cœur battant. Nabil s’agenouilla aussitôt, ses lèvres s’animant d’une prière fervente :

  • « Que Dieu, nous protège. »

Le vent se leva. La braise rougeoya un peu plus.

Zabulon s’assit au pied de la colonne. Ses yeux flamboyaient comme deux feux jumeaux.

  • « C’est ici que tout se joue. Pas seulement pour vous… mais pour ce monde entier. »

⬆️➡️