Le chat Zabulon – 39 – Entre ombre et lumière

La grande rue se divisait comme une plaie ouverte. À gauche, la lumière : musiques, couleurs, festins. À droite, l’ombre : cris, flammes, pauvreté.

Félix, Ambre et Nabil s’arrêtèrent à la croisée. Zabulon, posté au milieu, leva les yeux vers eux.

  • « Vous vouliez voir. Alors regardez. »

Le quartier de la lumière

Ils commencèrent par la gauche. Les habitants les accueillirent avec des sourires éclatants. Des guirlandes de fleurs furent passées autour de leur cou, des coupes remplies de vin étincelant offertes à leurs mains.

  • « Ici, dit un homme richement vêtu, nul besoin de souffrir. »
  • « La flamme brille sans fin. Nous avons choisi la paix et la joie. »

Tout semblait parfait. Trop parfait.

Ambre goûta un fruit : il était sucré, mais sans parfum. Félix croisa le regard d’un enfant qui riait… sans cligner des yeux, comme figé dans une joie forcée.

Nabil serra son talisman. La chaleur en son cœur l’avertit.

  • « Ce n’est qu’un masque. »

Le quartier de l’ombre

Ils passèrent ensuite à droite. Le contraste fut brutal. Les ruelles étaient sombres, couvertes de suie et de débris. Les habitants criaient, se disputaient, se battaient parfois pour un morceau de pain. Mais leurs yeux étaient réels : pleins de douleur, mais aussi de lucidité.

Une femme s’approcha, son visage marqué de cicatrices.

  • « Ici, nous ne mentons pas. Ici, la flamme brûle nos vies, mais au moins, nous savons ce qu’elle est : dure, impitoyable. Pas comme leurs mirages dorés. »

Ambre hocha lentement la tête.

  • « Cruel, mais vrai. »

La situation

Alors qu’ils revenaient au carrefour, un cri retentit. Un enfant courait depuis le quartier lumineux, poursuivi par deux gardes aux torches étincelantes.

  • « Arrêtez-le ! hurla l’un d’eux. Il a refusé de sourire ! »

L’enfant trébucha, tomba aux pieds de Félix. Son regard suppliant accrocha le sien.

  • « Aidez-moi ! »

Ambre se plaça aussitôt devant lui, bras écartés.

  • « Vous voulez le punir pour ça ? Pour ne pas sourire ? »

Les gardes brandirent leurs torches.

  • « Nul n’a le droit de refuser la joie. Ceux qui rejette la lumière appartient aux ombres ! »

Félix sentit son cœur battre à rompre. Nabil s’interposa, son amulette brûlante contre sa poitrine. Sa voix s’éleva, claire et ferme :

  • « Que Dieu, nous protège. Cet enfant appartient à Dieu seul, pas à vos mensonges. »

Le feu des torches vacilla. Les gardes reculèrent d’un pas, troublés.

Zabulon, ses yeux flamboyant d’un éclat intense, fit entendre sa voix dans leurs esprits :

  • « Le choix approche. Ombre ou lumière, mensonge ou vérité brute… mais souvenez-vous : votre unité seule peut rallumer la troisième flamme. »

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