Le chat Zabulon – 38 – Le seuil du Dernier Feu

Ils s’arrêtèrent au sommet du col. Devant eux, la cité se déployait comme une blessure ouverte : d’un côté, éclats de lumière, chants et danses ; de l’autre, ombres épaisses, cris et violences. Entre les deux, une frontière invisible découpait la ville en deux moitiés irréconciliables.

Le silence pesait. Aucun d’eux n’osait faire le premier pas.

Ambre, les bras croisés, observait la cité avec une dureté contenue.

  • « Voilà donc l’épreuve ultime. Pas de famine, pas d’illusion… mais un choix. Et un choix qui divise. »

Félix passa une main tremblante sur son pendentif spiralé.

  • « Et si on se trompe ? Et si on condamne tout ? »

Nabil posa sa main sur l’épaule de Félix. Ses yeux sombres brillaient d’une étrange sérénité.

  • « Ce n’est pas nous qui condamnons, c’est Dieu qui éprouve. Notre devoir est de rester unis, même quand le chemin se sépare. »

Il ferma les yeux, murmurant :

  • « Que Dieu, nous protège. »

Zabulon s’était posté sur une pierre, la queue battant lentement comme un métronome. Sa voix résonna dans leurs esprits, grave et limpide :

  • « Vous hésitez, et c’est bien. Car cette cité n’est pas un lieu… c’est un miroir. Elle vous montrera ce que vous portez en vous. »

Ambre se tourna vers lui, le visage tendu.

  • « Alors aide-nous. Es-tu avec nous ? »

Le chat ferma les yeux, ses pupilles flamboyant comme deux flammes vertes.

  • « Je ne marche pas à votre place. Mais je veille. »

Un souffle chaud passa sur leurs visages, comme si la cité elle-même les appelait.


L’entrée

Ils franchirent la descente et atteignirent la porte principale. Deux gardes les attendaient, vêtus de cuir sombre, leurs visages partiellement masqués. Mais chose étrange : l’un portait une torche éclatante, l’autre une torche de fumée noire.

  • « Voyageurs, dit le premier d’une voix douce. Bienvenue au cœur de la flamme. Entrez, goûtez à la lumière de notre cité. »
  • « Ou rejoignez l’autre rive », grogna le second, son souffle lourd.
  • « Là-bas, point de mensonges : seulement la vérité crue de l’ombre. »

Les portes s’ouvrirent dans un grincement. Félix, Ambre et Nabil échangèrent un regard lourd de silence.

Alors ils franchirent le seuil.


Les premiers contacts

La rue principale s’étendait devant eux. À gauche, un quartier rayonnant : maisons colorées, musiques joyeuses, parfums de fête. Les habitants souriaient, les conviaient à leur table, offrant fruits et vin.

À droite, un chaos brut : ruelles sombres, cris d’enfants, flammes de colère. Les habitants y vivaient dans la misère, mais leurs regards étaient francs, directs, sans masque.

Ambre se crispa.

  • « Deux mondes dans une même ville… »

Nabil inspira profondément, caressant son talisman sombre.

  • « Et c’est à nous de choisir lequel rallumer. »

Félix sentit son pendentif vibrer faiblement contre sa poitrine. Il jeta un coup d’œil à Zabulon. Le chat s’assit au milieu de la rue, entre la lumière et l’ombre, et dit simplement :

  • « Bienvenue dans la cité du Dernier Feu. Ici, c’est votre choix qui décidera. »

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