La salle délabrée tremblait sous leurs pieds. Les spectres, libérés de leurs masques, se contorsionnaient dans la pénombre. Leurs visages creux exprimaient à la fois la peur et la rage.
- « Ne nous arrachez pas à notre bonheur ! hurlait une voix multiple. »
- « Laissez-nous rêver ! »
Leurs mains translucides se tendaient, griffant l’air comme pour retenir la poussière dorée qui s’évanouissait.
Ambre brandit son bracelet d’argent. La flamme gravée s’embrasa soudain, projetant une lumière vive.
- « Ce n’est pas du bonheur ! Ce n’est qu’une cage brillante ! »
Les spectres reculèrent, mais certains se jetèrent sur elle avec une fureur désespérée. Félix, tremblant, serra son pendentif spiralé. La pierre s’illumina, diffusant une onde de clarté qui écarta les assaillants.
- « Nous ne voulons pas vous détruire ! cria-t-il. Nous voulons vous libérer ! »
Nabil s’avança au centre de la salle, son amulette brûlant contre sa poitrine. Il leva les bras et prononça d’une voix claire, presque adulte :
- « Que Dieu, nous protège. »
Un souffle puissant jaillit de lui, comme une onde de vérité. Les spectres reculèrent, certains s’effritant déjà comme de la cendre.
Mais d’autres, plus féroces, résistèrent. Ils se jetèrent sur les voyageurs, leurs cris emplissant l’air :
- « Nous préférons nos mensonges ! Nous refusons la lumière ! »
Zabulon bondit alors, ses yeux verts flamboyant d’un éclat surnaturel. Dans l’esprit de tous, sa voix tonna comme le rugissement d’un lion :
- « La lumière ne détruit pas. Elle révèle. Et vous, vous fuyez ce que vous êtes. »
Les spectres hésitèrent, certains s’effondrant dans des gémissements. Mais les plus farouches attaquèrent encore.
Alors Ambre, Félix et Nabil se rapprochèrent, se tenant par la main comme devant la grande porte. Leurs talismans s’illuminèrent ensemble, fusionnant en un éclat éblouissant qui emplit la salle.
La lumière traversa les spectres. Certains hurlèrent, se dissolvant dans la clarté. D’autres tombèrent à genoux, leurs traits s’adoucissant, comme si leurs chaînes invisibles venaient de se briser.
Quand le silence revint, il ne restait que quelques survivants, agenouillés, pleurant doucement. Leurs visages n’étaient plus des masques, mais de simples traits humains, marqués par la fatigue et le remords.
Nabil baissa les bras, haletant, puis murmura d’une voix apaisée :
- « Merci mon Dieu »
Zabulon s’assit, la queue battant doucement, et observa la salle désormais purifiée.
- « Vous avez rallumé la deuxième flamme, dit-il. Mais souvenez-vous : certains préféreront toujours l’ombre qui brille à la lumière qui blesse. »
Ambre hocha la tête, grave.
- « Alors il faudra les guider… ou les laisser partir. »
Félix, encore tremblant, serra son pendentif contre lui.
- « Une communauté libérée… mais à quel prix. »
La deuxième flamme s’élevait, vacillante mais réelle. Et déjà, l’écho de la troisième les appelait.