À mesure qu’ils s’approchaient des huttes, le ciel s’assombrissait. Des cris éclatèrent soudain, déchirant l’air.
- « À l’aide ! »
Ambre s’arrêta net, ses yeux d’acier scrutant l’horizon. Félix serra la main de Nabil, instinctivement protecteur.
Du flanc des collines surgirent une dizaine de silhouettes armées de bâtons et de lames brutes. Leurs visages étaient peints de cendres, leurs yeux brûlaient de faim et de violence. Ils se ruèrent sur les huttes, frappant, incendiant, arrachant ce qui restait.
- « Une razzia », souffla Ambre.
Sans réfléchir, elle se jeta en avant, ramassant une branche épaisse pour faire barrage. Félix, le cœur affolé, la suivit malgré sa peur. Nabil se plaça derrière eux, ses lèvres murmurantes :
- « Dieu, Protège-nous »
Les assaillants furent surpris de trouver trois étrangers dressés devant eux. Le premier leva sa lame vers Félix. Celui-ci recula, mais Ambre intercepta le coup d’un revers brutal de sa branche, projetant l’homme au sol.
Zabulon bondit alors, ses yeux flamboyant d’un éclat surnaturel. Dans les esprits des pillards retentit un grondement monstrueux, comme le rugissement d’un fauve. Pris de panique, deux d’entre eux lâchèrent leurs armes et s’enfuirent.
Un autre tenta de saisir Nabil, mais le garçon lui planta ses yeux sombres dans les siens et prononça calmement :
- « Dieu est avec moi, jamais tu ne feras le poids contre lui. »
À ces mots, le vent se leva, soulevant un nuage de sable blanc qui aveugla l’assaillant, le forçant à reculer.
Félix, tremblant, sentit soudain une force nouvelle : il ramassa une pierre et la lança de toutes ses forces, atteignant un pillard à l’épaule. Celui-ci hurla et s’enfuit à son tour.
Bientôt, il ne resta que trois assaillants, hésitants, encerclés par le regard d’Ambre et les flammes vertes des yeux de Zabulon. Ils lâchèrent leurs armes et disparurent dans les collines.
Le silence retomba, brisé seulement par les sanglots des habitants.
La communauté blessée
Des silhouettes faméliques sortirent des huttes effondrées : femmes, enfants, vieillards. Leurs visages creusés par la faim, leurs corps couverts de haillons.
Un vieillard s’avança, soutenu par deux jeunes filles. Sa voix tremblait.
- « Vous… vous n’êtes pas des pillards. Qui êtes-vous ? »
Ambre répondit d’une voix ferme :
- « Des voyageurs. Nous ne voulons pas vous nuire. »
Félix ajouta, encore haletant :
- « Nous avons vu votre détresse. Nous sommes venus… rallumer votre feu. »
Le vieillard baissa les yeux, une larme roulant sur sa joue ridée.
- « Notre feu s’est éteint depuis longtemps. La faim nous ronge. La peur nous divise. Certains de nos hommes ont rejoint les bandes que vous avez repoussées. Nous ne sommes plus qu’une poignée à tenir debout. »
Nabil s’approcha doucement, posa une main sur l’épaule du vieil homme et dit avec calme :
- « Dieu nous éprouve, mais Il ne nous abandonne pas. Avec patience et unité, vous pouvez encore vous relever. »
Les habitants écoutaient, hésitants. Leurs regards passaient de l’enfant au chat flamboyant, puis aux deux adultes encore armés de leur courage. Une lueur fragile d’espoir naquit dans leurs yeux fatigués.
Zabulon, assis sur une pierre, observa la scène. Sa voix résonna dans tous les esprits :
- « Cette communauté est une flamme vacillante. Pour la rallumer, il vous faudra plus que la force. Il faudra leur rendre la confiance. »
Ambre serra la main de Félix.
- « Alors c’est ici que commence notre mission. »
Et la communauté, tremblante mais attentive, attendait de voir si ces étrangers seraient vraiment leurs sauveurs… ou un rêve de plus prêt à s’effondrer.