Le sentier s’élargit soudain et la densité des arbres céda. Après l’oppression des troncs et des murmures, l’air s’ouvrit comme une grande respiration.
Devant eux s’étendait un paysage à couper le souffle : une vallée lumineuse, bordée de collines irisées, parcourues de rivières étincelantes qui serpentaient comme des rubans d’argent. Le ciel, d’un bleu opalin, était traversé de traînées lumineuses, semblables à des aurores boréales figées dans le jour. Des fleurs géantes balançaient leurs corolles aux couleurs irréelles, et d’étranges silhouettes d’oiseaux planaient très haut, dessinant des cercles majestueux.
Félix resta bouche bée.
- « C’est… impossible. »
Ambre sourit malgré elle, ses yeux pétillant de défi.
- « Non, Félix. C’est réel. Et c’est à nous, maintenant. »
Nabil ferma les yeux un instant, puis murmura d’une voix reconnaissante :
- « Que Dieu, nous protège »
Ils avancèrent dans la vallée. Le sol était souple, presque spongieux, comme si la terre voulait amortir chacun de leurs pas. Une sensation étrange s’emparait d’eux : la certitude qu’ils étaient observés, mais sans hostilité.
Soudain, Zabulon s’arrêta net. Sa queue se figea, ses oreilles se redressèrent.
- « Quelqu’un vient », dit-il dans leurs esprits.
Et en effet, au détour d’une courbe, une silhouette apparut. D’abord indistincte, elle se précisa en approchant : c’était un être humanoïde, grand, drapé dans un manteau de fibres végétales qui semblaient pousser et se rétracter comme vivantes. Son visage était à moitié couvert d’un masque de bois sculpté, d’où jaillissaient deux yeux clairs, presque translucides.
Il leva une main, paume ouverte. La vallée se tut. Même le vent sembla retenir son souffle.
Ambre, sur ses gardes, se plaça légèrement devant Félix et Nabil.
- « Qui êtes-vous ? » lança-t-elle d’une voix ferme.
L’être ne répondit pas avec des mots. Sa main resta tendue, et une onde légère effleura leurs esprits. Félix sentit son cœur s’accélérer : des images affluaient. Un cercle de pierres levées, une cité lointaine aux tours cristallines, et un symbole : trois portes ornées de figures entrelacées.
Zabulon s’avança, ses yeux flamboyant d’intensité.
- « C’est un messager », dit-il. « Il sait où mènent les portes. »
L’être abaissa lentement sa main, puis inclina la tête, comme une invitation à le suivre.
Nabil murmura, plus pour lui-même que pour les autres :
- « Trois portes… comme l’oiseau l’a dit. »
Félix sentit sa gorge se serrer. Ambre, elle, inspira profondément et hocha la tête.
- « Alors allons-y. »
- Et le quatuor — Félix, Ambre, Nabil et Zabulon — suivit le messager à travers la vallée, leurs pas s’enfonçant dans l’inconnu.