Un chant d’oiseau inconnu brisa le silence de la nuit. La clairière s’éclaira peu à peu d’une lumière dorée, douce comme un voile. Félix ouvrit les yeux en premier. L’air était plus clair, presque parfumé, comme si la forêt elle-même respirait avec eux.
Zabulon, toujours perché sur la pierre, les observait. Sa queue ondulait lentement, ponctuant l’aube d’une mesure invisible.
Ambre se redressa, les cheveux encore collés par la rosée. Ses yeux se posèrent sur Félix, puis sur Nabil qui sortait doucement de son sommeil.
Un instant, ils restèrent silencieux, encore bercés par les songes de la nuit. Puis Félix brisa la glace :
- « J’ai rêvé que j’étais un enfant… incapable de parler. J’avais peur, comme toujours. Mais j’ai crié. Et c’était ma voix, enfin. »
Il passa une main sur son visage, troublé.
- « C’était comme si… je m’étais réveillé une deuxième fois. »
Ambre hocha la tête.
- « Moi aussi, j’ai rêvé. Je me voyais dans mille miroirs, et tous me renvoyaient à ma beauté, à mes failles. Mais l’un d’eux s’est brisé, et derrière… il y avait moi, simplement. Pas le masque. »
Elle se tourna vers Félix, un léger sourire aux lèvres.
- « Toi, tu m’as vue. Pas mon reflet. »
Félix rougit, baissant les yeux.
Nabil, assis en tailleur, les regarda avec son calme habituel.
- « Moi, j’ai revu ma mère, mon petit frère… et mon père. Il m’a dit de continuer. Qu’ils étaient déjà revenus à Dieu. Alors je ne dois pas les suivre, mais marcher encore. »
Sa voix trembla un instant, mais il reprit avec une fermeté tranquille :
- « Merci mon Dieu »
Un silence apaisant suivit ses mots. La lumière du matin jouait dans les feuillages, projetant des arabesques d’or et d’argent sur l’herbe.
Zabulon bondit de la pierre et s’assit au milieu d’eux. Ses yeux brillaient d’un éclat paisible.
- « Vous avez vu ce que la forêt voulait que vous voyiez. Les rêves sont des clés. Vous commencez à ouvrir vos portes intérieures. »
Ambre caressa distraitement le dos du chat, qui ronronna comme un instrument grave et profond.
- « Alors, nous sommes liés. Pas seulement par le hasard. »
Félix leva enfin les yeux vers elle et vers Nabil.
- « Oui. On a franchi quelque chose ensemble. Et maintenant… je crois que plus rien ne sera comme avant. »
Ils restèrent là, quelques minutes encore, nourris par cette certitude muette. Le soleil s’élevait, et dans la clairière, chaque souffle de vent semblait une promesse.
Alors, un battement d’ailes brisa le silence. Un oiseau d’une blancheur irréelle descendit doucement du ciel et se posa près de Zabulon, sur la pierre sacrée. Son plumage scintillait de reflets argentés, et son regard profond semblait contenir la mémoire de mille voyages.
Félix, Ambre et Nabil retinrent leur souffle. Zabulon tourna lentement la tête vers l’oiseau. Un échange silencieux s’engagea, mais chacun d’eux perçut qu’il s’agissait d’un véritable dialogue. Le chat ne bougeait pas, l’oiseau non plus : seuls leurs yeux brillaient d’une intensité mystérieuse.
- Puis, dans leur esprit, une phrase résonna-courte, comme un écho porté par la voix de Zabulon, mais empreinte d’une sagesse étrangère :
- « Le chemin ne sera pas droit. Trois portes s’ouvriront. L’une mène à la lumière, l’autre à l’ombre, la troisième à la vérité. »
L’oiseau inclina la tête, déploya ses ailes, et s’envola sans un bruit, disparaissant dans les hauteurs de la forêt.
Un silence dense retomba. Ambre se redressa, les yeux fixés sur le ciel.
- « Des portes… De quoi parlait-il ? »
Zabulon, impassible, répondit seulement :
- « De votre avenir. De notre quête. »
Félix sentit un frisson courir le long de son dos. Nabil, lui, répéta doucement :
- « Que Dieu, nous protège… »
La route les attendait. Mais désormais, ils savaient qu’un destin les dépassant commençait à se dessiner.