Auteur/autrice : Sidoine ARIFENE

  • Le domaine de Nævis

    Fable fantastique et écologique

    Au cœur d’une contrée oubliée par le temps, là où le murmure des forêts ancestrales est la seule symphonie et où les pics rocheux défient les cieux sans l’écho du moindre marteau humain, règne le renard nommé Fænek.

    Non pas Roi portant couronne d’or ou Empereur à la voix tonitruante, mais le Seigneur unique, dont le sceptre est la connaissance innée des sentiers secrets et le diadème, le manteau changeant des saisons.

    Fænek le renard est très respecté par tous les êtres vivants de son domaine, qui est un sanctuaire immaculé, préservé du fracas de la civilisation, de ses blessures béantes et de ses ravages implacables.


    Table des matières

  • Cancer, combattre, vaincre ou mourir

    La mort n’est pas un accident.
    Elle n’est ni une erreur, ni un scandale, ni un échec du vivant.
    Elle est sa limite naturelle — et, d’une certaine manière, sa condition.

    Toute vie qui commence est promise à sa fin. Cette vérité n’a rien de sombre. Elle est simplement réelle. Les civilisations anciennes l’avaient intégrée. La nôtre, fascinée par la maîtrise et la prolongation, tend à la repousser hors du champ de la pensée.

    Face au cancer, ce déni devient visible.

    Le réflexe de la lutte

    Notre époque parle de combat, de guerre, de victoire.
    La maladie devient un ennemi, le corps un champ de bataille, la mort une défaite.

    Ce langage n’est pas anodin.
    Il façonne nos représentations, nos attentes, nos jugements silencieux.

    Il laisse entendre qu’il faudrait toujours lutter, coûte que coûte, et que ne pas le faire serait déjà renoncer.

    Or il existe une différence essentielle entre agir et s’acharner.

    Socrate : mourir sans se renier

    Socrate est l’une des figures les plus saisissantes de cette lucidité face à la mort.
    Condamné à boire la ciguë, il aurait pu fuir. Il ne l’a pas fait.

    Non par soumission,
    non par goût du sacrifice,
    mais par cohérence.

    Socrate refuse la panique, le pathos, la peur collective. Il ne dramatise pas sa mort. Il la pense. Il l’accueille comme un passage naturel, fidèle à sa manière de vivre : interroger, comprendre, rester juste.

    Pour lui, deux hypothèses existent :

    • soit la mort est un sommeil sans rêve, et alors elle est repos ;
    • soit elle est un passage vers autre chose, et alors elle est découverte.

    Dans aucun des deux cas elle ne mérite la terreur.

    Une sagesse plus ancienne que nos peurs

    Épicure prolonge cette désescalade de l’angoisse : la mort ne peut pas être une expérience de souffrance, puisqu’elle est absence de sensation. Elle ne se vit pas. Elle survient lorsque toute perception s’éteint.

    Les stoïciens — tels que Sénèque ou Marc Aurèle — rappellent quant à eux une distinction fondamentale : certaines choses dépendent de nous, d’autres non.

    La mort n’est pas sous notre contrôle. La manière de la traverser, en revanche, relève de notre liberté intérieure.

    Le sens plutôt que la durée

    La médecine moderne sait prolonger la vie. Mais elle ne peut pas, à elle seule, lui donner sens.

    Il existe des situations où le traitement ouvre un avenir.
    Et d’autres où il prolonge surtout l’épreuve, la confusion, la perte de soi.

    Refuser un acharnement thérapeutique n’est pas refuser la vie.
    C’est parfois choisir une autre qualité de présence : plus consciente, plus relationnelle, plus alignée.

    La sagesse antique rappelle ici une évidence souvent oubliée : la valeur d’une existence ne se mesure pas uniquement en temps gagné, mais en justesse vécue.

    Mourir n’est pas disparaître du sens

    Dédramatiser la mort ne consiste pas à la banaliser. Il s’agit de lui retirer son pouvoir de terreur.

    Mourir n’efface pas ce qui a été vécu, transmis, aimé. La mort ne nie pas la vie : elle la clôt.

    Dans cette perspective, mourir n’est pas perdre. Perdre serait vivre contre soi, dans la peur, l’agitation ou la négation de ce qui est.

    La véritable question n’est donc pas : faut-il combattre ou non ? mais :comment rester pleinement humain jusqu’au bout ?

    Une spiritualité sans dogme

    Il existe une spiritualité qui ne promet rien, n’impose rien, ne menace rien. Une spiritualité de la présence, de l’acceptation, de la clarté. Elle ne parle ni d’au-delà ni de salut.
    Elle parle d’habiter l’instant, y compris lorsqu’il devient étroit.

    Penser la mort dans cette lumière n’est pas morbide. C’est une manière de desserrer l’angoisse, de réconcilier le vivant avec sa finitude.

    Une boussole silencieuse

    Entre combattre, vaincre ou mourir, il existe un espace souvent oublié : celui du choix conscient, du respect de soi, de la dignité.

    Ce texte ne prescrit rien.
    Il ne tranche pas.
    Il ne juge pas.

    Il rappelle simplement que la vie n’est pas une guerre à gagner, et que la mort n’est pas une faute à éviter à tout prix.

    Rester humain, lucide, présent — voilà peut-être la seule victoire qui ne se dément jamais.

  • Les aventures du chat Zabulon

    Zabulon

    Zabulon est un chat ordinaire, ou presque.
    Il observe, pressent, veille. Lorsque le monde bascule sans prévenir, c’est par son regard que commence la traversée.

    Autour de lui, des humains tentent de comprendre ce qui se fissure : les repères, la normalité, le sol même sous leurs pieds. Une faille s’ouvre, réelle ou intérieure, et impose un choix simple et radical : continuer comme avant, ou franchir un seuil dont nul ne connaît l’issue.

    Les aventures du chat Zabulon forment un récit initiatique, où l’effondrement n’est pas seulement catastrophe, mais invitation à regarder autrement.
    Chaque fragment peut être lu indépendamment. Ensemble, ils dessinent une marche lente, attentive, vers un monde à réinventer.


    Table des matières

  • Consumérisme

    Ils savent ce que tu aimes avant que tu le saches,
    Te tendant des miroirs où ton reflet se cache.
    Tu ne vois plus que toi, prisonnier du reflet,
    Dans ces écrans polis où ton désir se fait.
    Le monde tient, dit-on, dans l’écran qu’on regarde,
    Mais l’écran ne tient rien, il filtre et nous égare.
    À force de tout prévoir, d’anticiper nos vœux,
    On a perdu l’envie, le désir et le feu.

  • Travail

    On court après le temps comme s’il nous avait volés,
    Échangeant contre des chiffres nos heures immolées.
    Ces nombres froids ne savent ni aimer ni sourire,
    Ils comptent nos journées sans jamais rien nous dire.
    Un jour peut-être enfin nous vivrons mieux, plus libres,
    Retrouvant dans nos vies un peu de nos équilibres.
    Mais pour l’instant nous nous excusons d’être las,
    Coupables d’être humains, d’avoir fait quelques pas.

  • Guerres

    On prononce « conflit » pour ne pas dire les corps,
    On prononce « zone » pour ne pas voir les maisons.
    La guerre demeure ailleurs, lointaine encore,
    Jusqu’au jour fatal de sa trahison :
    Quand soudain elle apprend ta langue,
    Quand enfin elle frappe à ta porte,
    Les mots d’hier ne sont plus qu’harangue
    Face à la réalité qu’elle apporte.

  • Climat


    La Terre ne crie pas, non, elle se fatigue,
    Les fleuves rétrécissent, qui étaient si longs.
    Elle s’épuise sans bruit, sans faire d’intrigue,
    Les saisons ont perdu jusqu’à leur nom.
    L’hiver arrive en retard comme un ami
    Qui n’ose plus venir, qui reste endormi.
    Nous parlons d’avenir au conditionnel
    Quand le présent, déjà, lance son appel.

  • La non-représentation : un malaise démocratique contemporain

    La question de la représentation politique est devenue centrale dans de nombreuses démocraties contemporaines. Abstention croissante, défiance envers les institutions, sentiment d’inutilité du vote : ces phénomènes ne sont ni marginaux ni anecdotiques. Ils traduisent un malaise plus profond, souvent résumé par une formule simple mais lourde de sens : « on ne se sent plus représenté ».

    Cette non-représentation ne relève pas uniquement d’un désintérêt citoyen ou d’un défaut d’éducation civique. Elle s’inscrit dans une évolution structurelle du fonctionnement démocratique, qu’il convient d’examiner avec lucidité.


    Représenter : un mandat devenu abstrait

    Dans son principe, la représentation repose sur une délégation : des citoyens confient temporairement leur voix à des élus chargés de décider en leur nom. Ce mécanisme suppose un lien de confiance, mais aussi une certaine proximité symbolique entre représentants et représentés.

    Or, ce lien s’est progressivement distendu. Pour beaucoup de citoyens, les élus apparaissent désormais comme des acteurs professionnels évoluant dans un espace social, culturel et économique distinct du leur. Le mandat électif, au lieu d’être perçu comme une charge transitoire, tend à devenir une carrière.

    Ce glissement n’est pas nécessairement le fruit de mauvaises intentions individuelles. Il résulte en grande partie de la complexification des institutions, de la technicité croissante des politiques publiques et de la professionnalisation du champ politique. Mais ses effets sur la perception citoyenne sont bien réels.


    Le sentiment d’éloignement

    La non-représentation se manifeste d’abord par un sentiment d’éloignement. Beaucoup ont le sentiment que les décisions sont prises loin d’eux, selon des logiques qui leur échappent, et sans prise réelle sur leur quotidien.

    Ce sentiment est renforcé par plusieurs facteurs :

    • la multiplication des niveaux de décision,
    • la technicité des débats,
    • la communication politique souvent perçue comme déconnectée de la réalité vécue,
    • et la difficulté, pour le citoyen ordinaire, de faire entendre une voix qui ne soit ni médiatique ni militante.

    Lorsque la parole publique devient abstraite, normative ou excessive­ment stratégique, elle cesse de jouer son rôle de médiation. Elle n’éclaire plus ; elle s’impose ou se justifie.


    L’abstention comme symptôme, non comme cause

    L’abstention électorale est souvent interprétée comme un désengagement civique. Mais cette lecture est partielle. Pour beaucoup, ne pas voter n’est pas un refus de la démocratie, mais l’expression d’un doute : à quoi bon, si rien de fondamental ne change ?

    Il ne s’agit pas nécessairement d’indifférence, mais parfois d’une forme de retrait critique. Un retrait silencieux, certes problématique pour la vitalité démocratique, mais révélateur d’un malaise réel.

    La non-représentation n’est donc pas seulement une crise de participation. Elle est une crise de sens.


    Quand la forme l’emporte sur le fond

    Un autre élément alimente ce malaise : l’impression que la politique s’est en partie déplacée du fond vers la forme. Les débats publics semblent parfois privilégier la posture, la réaction immédiate ou la mise en scène, au détriment du travail de fond, du temps long et de la complexité.

    Cette évolution contribue à brouiller la compréhension des enjeux et à accentuer la distance entre citoyens et institutions. Lorsque la politique est perçue comme un spectacle ou une succession d’affrontements verbaux, elle perd sa fonction première : organiser la vie collective de manière lisible et juste.


    Une responsabilité partagée

    Il serait réducteur d’attribuer la non-représentation à un seul acteur. Elle engage à la fois les institutions, les élus, les médias, mais aussi les citoyens eux-mêmes. Une démocratie vivante repose sur un équilibre fragile entre délégation et vigilance, entre participation et responsabilité.

    Reconnaître la non-représentation comme un problème structurel ne signifie pas renoncer à la démocratie. Au contraire, c’est prendre acte de ses fragilités pour tenter de les comprendre.


    Éclairer sans accuser

    Nommer la non-représentation n’est pas accuser. C’est chercher à comprendre un état de fait partagé par une part croissante de la population. Ce constat mérite d’être posé sans colère excessive, sans simplification abusive, et sans désignation hâtive d’ennemis.

    Comprendre ce malaise est une condition préalable à toute réflexion sérieuse sur l’avenir démocratique. Non pour imposer des solutions toutes faites, mais pour rouvrir un espace de pensée, de dialogue et de responsabilité.


    En guise de conclusion

    La non-représentation n’est pas une fatalité, mais un signal. Un signal qu’il serait imprudent d’ignorer ou de mépriser. Elle invite à interroger nos modes de décision collective, notre rapport au pouvoir, et la place réelle accordée à la parole citoyenne.

    Informer et éclairer sur ces questions n’est pas un acte militant au sens strict. C’est une contribution au discernement collectif, modeste mais nécessaire, dans un monde où le bruit tend trop souvent à remplacer la compréhension.

    Ce texte s’inscrit dans une réflexion plus large sur la démocratie contemporaine. Il ne vise pas à clore le débat, mais à en éclairer certains angles morts.