Ils quittèrent la cité purifiée au lever du jour. Le silence qui les accompagnait avait changé : ce n’était plus le silence d’une ville morte, mais celui d’un monde qui se retenait de respirer.
Au début, les paysages ressemblaient encore à ceux qu’ils connaissaient : collines, plaines, rivières. Mais à mesure qu’ils avançaient, les formes se distordaient, comme si la réalité se fatiguait.
La plaine fissurée
Ils traversèrent une vaste étendue où le sol s’ouvrait en lézardes noires. Des lueurs étranges montaient des fissures, tantôt bleues, tantôt rouges, comme si la terre brûlait de l’intérieur. À chaque pas, Félix sentait les vibrations parcourir ses jambes.
- « Le monde se brise », murmura Ambre, son regard dur fixé sur l’horizon.
Nabil posa la main sur son amulette sombre.
- « Que Dieu, nous protège. »
À son invocation, une partie du sol se referma lentement, leur offrant un passage sûr. Félix le regarda, ému.
- « C’est comme si… ta foi cousait encore ce qui se déchire. »
La forêt inversée
Plus loin, ils atteignirent une forêt où les arbres poussaient… à l’envers. Leurs racines pendaient dans le ciel, formant un plafond de terre, tandis que leurs branches s’enfonçaient dans le sol. Les oiseaux volaient tête en bas, comme si le monde s’était retourné sur lui-même.
Ambre, méfiante, serra son bracelet.
- « Ce n’est pas un lieu naturel. C’est un avertissement. »
Zabulon, la queue battante, répondit dans leurs esprits :
- « Les lois se brisent. Le cycle touche à sa fin. »
Félix, fasciné et effrayé, demanda :
- « Et si nous n’arrivions pas à rallumer la troisième flamme ? »
Le chat planta ses yeux verts dans les siens.
- « Alors, tout s’éteindra. »
Le ciel craquelé
Au soir, ils dressèrent un campement au bord d’un lac. L’eau miroitait comme du verre, reflétant un ciel constellé… mais les étoiles semblaient fissurer la voûte céleste, comme si le firmament allait se briser en morceaux.
Félix, couché sur l’herbe, chuchota :
- « On dirait la fin de tout. »
Ambre s’assit près de lui, son épaule effleurant la sienne.
- « Ou le commencement. La fin n’est jamais qu’une porte. »
Nabil, accroupi, leva les yeux vers le ciel craquelé et murmura :
- « Merci mon Dieu. Même si tout se brise, Dieu ne nous abandonnera pas. »
Zabulon, posté sur une pierre, observa la nuit d’un air grave.
- « Vous touchez au dernier seuil. Préparez vos cœurs. Car la troisième flamme n’attend pas seulement votre courage… elle attend votre choix. »