Le soir venu, les voyageurs furent conviés à un banquet dans la grande halle de la cité. Les murs étaient drapés de tissus chatoyants, les tables croulaient sous les mets les plus fins : fruits gorgés de miel, viandes rôties, jarres de vin étincelant. Une musique envoûtante emplissait la salle, jouée par des musiciens aux gestes parfaits, presque trop parfaits.
Félix, encore ébloui, regardait tout avec des yeux d’enfant.
- « C’est irréel… »
Ambre, assise près de lui, serrait la main posée sur son bracelet d’argent. Ses yeux balayaient la salle avec méfiance.
- « Justement. »
Nabil, silencieux, observait les convives. Ses doigts jouaient avec son talisman de cuivre, qui s’était réchauffé depuis leur entrée. Il souffla presque pour lui-même :
« Dieu, protège-nous. »
L’étrange festin
Le repas commença. Les habitants riaient, portaient des toasts, se pressaient autour d’eux comme s’ils étaient des rois. On servit à Ambre une coupe de vin. Elle la porta à ses lèvres… mais lorsqu’elle avala, le liquide ne laissa aucun goût.
Elle tourna la tête vers Félix. Lui, avait mordu dans un fruit vermeil. Mais à mesure qu’il mâchait, son visage se décomposait :
- « C’est… du sable… »
Il recracha aussitôt. Sur la table, les mets changeaient d’aspect : le pain se craquelait en poussière, la viande se couvrait de moisissures noires, les coupes de vin se remplissaient d’une eau cendrée.
Les rires des convives se déformèrent, passant du chaleureux au grotesque. Leurs visages, sous l’éclat des lampes, se craquelèrent comme des masques de cire. Derrière les sourires figés, des orbites vides les fixaient.
La révélation
Nabil se leva d’un bond, son amulette brûlante contre sa poitrine.
- « Ce n’est pas une cité de vie ! C’est une illusion ! »
Zabulon, posté sur la table, hérissa son pelage. Ses yeux flamboyants illuminèrent la salle et sa voix gronda dans leurs esprits :
- « Voilà la vérité. Leur abondance n’est que cendre, leurs visages que des masques. »
Les notables qui les avaient accueillis s’avancèrent, leurs traits se délitant. Leurs voix se mêlèrent en un chœur glaçant :
- « Nous vous avons offert l’abondance… pourquoi la rejetez-vous ? »
Ambre planta son regard d’acier dans leurs orbites vides.
- « Parce qu’il n’y a pas de vie ici. Seulement un mensonge. »
Félix tremblait, mais il serra son pendentif spiralé contre lui. La pierre se mit à luire faiblement, projetant une lueur pure qui fit reculer les silhouettes.
Nabil leva son amulette et dit d’une voix ferme :
- « Merci mon Dieu . La vérité est lumière, et votre ombre ne peut la cacher. »
La chute du voile
Alors, la salle entière se fissura. Les draperies se changèrent en toiles déchirées, les tables en planches pourries, la musique en un grincement lugubre. Là où régnait la prospérité, il ne restait qu’une ruine peuplée de spectres faméliques.
Félix, haletant, balbutia :
- « Mais… qui sont-ils vraiment ? »
Zabulon répondit, sa voix lourde de gravité :
- « Ceux qui ont vendu leur vérité pour une illusion de paix. Prisonniers de leur propre mirage. »
Les spectres se mirent à gémir, implorant en silence, mais incapables de rompre leur servitude.
Ambre posa la main sur l’épaule de Félix.
- « Voilà ce que cache la fausse lumière. Et c’est ici que nous devons rallumer la deuxième flamme. »