À l’entrée de la cité, un groupe de notables les attendait. Des hommes et des femmes vêtus de tuniques éclatantes, souriants, leurs bras chargés de fruits et de pain frais.
- « Soyez les bienvenus ! s’écria l’un d’eux. Voyageurs, vous êtes nos hôtes. Venez goûter à notre abondance, venez partager notre paix ! »
Les habitants applaudirent à leur passage. On offrit des grappes de raisins juteux, des jarres de vin parfumé, des étoffes chatoyantes. Les rues débordaient d’odeurs de pain chaud, de musique enjouée, d’enfants qui riaient aux éclats.
Félix, ébloui, ne savait plus où regarder.
- « Après tout ce qu’on a vu… C’est comme un miracle. »
Ambre fronça légèrement les sourcils, serrant son bracelet d’argent.
- « Oui… ou une illusion trop bien tissée. »
Nabil, silencieux, gardait la main sur son talisman de cuivre. Ses yeux sombres scrutaient les visages autour d’eux. Tout paraissait parfait. Trop parfait.
Les fissures
En s’avançant dans la cité, des détails commencèrent à troubler leur émerveillement.
Un enfant riait aux éclats en courant dans une ruelle… mais ses yeux restaient vides, fixes, comme ceux d’une statue.
Un marchand leur offrit du pain fumant. Lorsqu’Ambre en croqua, la mie fondit sur sa langue, mais ne laissa aucun goût.
Un vieillard les salua chaleureusement, mais lorsqu’il se détourna, Félix aperçut que son ombre ne suivait pas ses gestes.
Zabulon, marchant parmi eux, observait tout d’un air grave. Sa queue fouettait l’air, signe de méfiance.
- « L’abondance n’a pas de goût, murmura-t-il dans leurs esprits. C’est le signe d’une prospérité fausse. »
Ambre pâlit.
- « Alors tout ça… ce n’est qu’un décor ? »
La question de Nabil
Cette nuit-là, alors qu’ils étaient logés dans une demeure luxueuse offerte par les notables, Nabil ne trouva pas le sommeil. Il sortit dans la cour où Zabulon veillait, assis sur un muret de pierre.
Le garçon s’agenouilla devant lui, son talisman dans la main. Ses yeux brillaient d’une sincérité brûlante.
- « Dis-moi la vérité, Zabulon. Tu lis nos pensées, tu parles sans bouche, tu nous guides dans ce monde étrange. Es-tu un Ange… ou un Djinn ? »
Le chat le fixa longuement, ses yeux verts flamboyants. Sa voix résonna dans l’esprit de Nabil, mais cette fois teintée d’une gravité inhabituelle :
- « Et si j’étais les deux ? »
- « Et si j’étais ni l’un ni l’autre ? »
- « Ange pour celui qui croit, Djinn pour celui qui craint. Mais pour toi, Nabil, je suis ce que tu es prêt à entendre. »
Nabil baissa la tête, troublé.
« Alors… que dois-je croire ? »
Zabulon s’approcha, frotta doucement son museau contre son front.
- « Crois que je suis là. Crois que je veille. Le reste viendra. »
Une larme roula sur la joue du garçon.
- « Merci mon Dieu … murmura-t-il. »
L’inquiétude croît
Au matin, la cité reprit son visage éclatant. Mais dans les regards de Félix, d’Ambre et de Nabil, la méfiance grandissait. Derrière les rires, derrière les couleurs, une inquiétude voilée s’installait.
Et leurs talismans, discrets mais chauds contre leur peau, leur rappelaient que cette lumière n’était peut-être qu’une ombre déguisée.