Le voyage les mena d’abord à travers des collines sombres, couvertes de mousses épaisses qui luisaient d’un vert étrange. Le ciel, habituellement opalin, semblait plus chargé, comme parcouru de voiles mouvants. Chaque pas résonnait comme si la terre creuse murmurait sous leurs pieds.
Félix marchait en silence, ses doigts serrés autour de son talisman de pierre. Ambre scrutait l’horizon, méfiante. Nabil, fidèle à lui-même, récitait à voix basse :
- « Que Dieu, nous protège. »
À mesure qu’ils avançaient, ils avaient tous trois le sentiment d’être observés, mais aucune silhouette n’apparaissait. Même Zabulon, pourtant sûr de lui, avançait la queue basse, ses yeux verts brillant comme deux lanternes vigilantes.
Le campement
À la tombée de la nuit, ils trouvèrent refuge dans une petite clairière. Le sol y était tapissé d’herbes souples et parfumées. Félix alluma un feu de fortune, dont les flammes vacillantes éclairèrent leurs visages fatigués.
Ils s’assirent autour du foyer, silencieux un long moment. Puis Ambre brisa le silence :
- « La prophétie. ‘‘Quand l’ombre semblera lumière… souvenez-vous de vos talismans.’’ Ça veut dire quoi ?
Nabil caressa son amulette sombre, son regard perdu dans les flammes.
- « L’ombre qui se fait lumière… C’est la tromperie. Ce qui paraît bon mais qui mène à la perte. »
Félix hocha la tête, pensif.
- « Comme moi… quand j’ai cru que la porte dorée était la sécurité. Mais c’était peut-être un piège. »
Ambre fronça les sourcils.
- « Alors cette deuxième communauté… peut-être qu’elle semblera prospère, mais cachera une pourriture en son cœur. »
Zabulon, allongé près du feu, leva la tête. Sa voix résonna dans leurs esprits, grave :
- « Les talismans vous montreront ce que vos yeux ne voient pas. Mais encore faudra-t-il avoir le courage de les écouter. »
Ils restèrent songeurs. Le feu projetait des ombres mouvantes sur leurs visages, donnant à chacun une intensité nouvelle.
Félix rompit enfin le silence, sa voix encore timide mais plus ferme qu’autrefois :
- « Quoi qu’on trouve… on ne se séparera pas. On fait face ensemble. »
Ambre posa sa main sur la sienne.
- « Ensemble. »
Nabil sourit doucement.
- « Merci mon Dieu. »
Zabulon referma les yeux, sa queue battant lentement la mesure d’un rythme invisible.