Guidés par les silhouettes lumineuses, Félix, Ambre et Nabil furent conduits chacun devant une arche cristalline. Les portes s’ouvrirent d’elles-mêmes, révélant un passage vers une salle de lumière mouvante.
- « Vous entrez seuls, dit une voix dans leurs esprits. Mais vos pas résonneront ensemble. »
Ils franchirent chacun leur seuil. Les arches se refermèrent dans un souffle, et le silence s’installa.
La salle de Félix
Félix se retrouva dans une cour d’école, identique à celle de son enfance. Autour de lui, des enfants riaient et se moquaient.
- « Félix le muet ! Félix le lâche ! »
Il voulut protester, mais sa gorge était nouée. Le sol devint miroir, reflétant son visage pâle et tremblant.
- « Voilà ce que tu es, chuchota une voix. L’enfant qui n’a jamais osé. »
Alors, dans le miroir, il vit Ambre et Nabil, lui tendant la main. Zabulon apparut aussi, ses yeux flamboyants.
- « Ce n’est pas ta voix qui manque, Félix. C’est ton courage de la donner. »
Félix inspira profondément. Sa poitrine brûla. Puis il cria, d’une voix claire :
- « Assez ! »
Les rires se dissipèrent, la cour s’effaça. La salle s’illumina, révélant un chemin vers la sortie.
La salle d’Ambre
Ambre entra dans une salle tapissée de miroirs. Des dizaines de reflets la fixaient, certains exagérément beaux, d’autres monstrueux, difformes, ridés.
- « Tu n’es qu’un corps, répétaient-ils. Sans lui, qui es-tu ? »
Elle frappa un miroir, puis un autre, mais les reflets se multipliaient, moqueurs.
Alors un miroir plus grand se mit à vibrer. Elle y vit Félix, timide mais sincère. Et sa propre voix résonna derrière elle :
- « Ce n’est pas ta beauté qu’ils voient, Ambre. C’est la peur que tu caches derrière. »
Elle ferma les yeux, serra les poings, et prononça d’une voix ferme :
- « Je suis plus que mon corps. Je suis ma volonté. »
Les miroirs éclatèrent en éclats de lumière, la salle s’ouvrit, et un souffle de liberté la traversa.
La salle de Nabil
Nabil entra dans un espace vaste comme un désert. Le sable brûlant s’étendait à perte de vue. Il marcha, seul, jusqu’à voir au loin une silhouette : sa mère tenant son petit frère dans ses bras. Elle l’appelait doucement.
Il fit un pas, puis un autre. Mais devant lui, une ombre surgit : Sheitan, indistinct, formé de fumée noire et de flammes.
- « Abandonne, dit la voix. Suis-les. Rien ne t’attend ici. »
Nabil trembla, mais posa une main sur sa poitrine. Ses lèvres s’animèrent d’une prière ferme :
- « Que Dieu, nous protège. »
La silhouette noire vacilla. Nabil avança encore, les larmes aux yeux.
- « Dieu m’éprouve, et je marche. »
Alors l’ombre se dissipa, le désert fleurit autour de lui en oasis lumineuses. Sa mère et son frère disparurent dans une lueur douce, et une voix résonna en lui :
- « Patience, mon fils. Tu n’es pas seul. »
La salle s’ouvrit devant lui, baignée d’une lumière claire.
- « Merci mon Dieu », souffla Nabil.
La réunion
Les trois sortirent en même temps de leurs salles. Leurs regards se croisèrent, bouleversés. Aucun mot ne fut nécessaire : ils savaient ce que chacun avait affronté.
- Zabulon les attendait, assis entre les arches, sa queue battant doucement la mesure.
« Vous avez franchi vos mémoires », dit-il.
« Désormais, vos pas ne sont plus guidés par vos ombres… mais par votre choix. »
Et derrière eux, l’obélisque central pulsa d’une lumière plus vive, comme pour saluer leur victoire intérieure.