Le chat Zabulon – 21 – La Cité des Origines

Ils descendirent lentement l’esplanade translucide. Sous leurs pas, les pierres vibraient, comme si elles enregistraient chacun de leurs mouvements. La lumière de la cité se réfractait en milliers d’arcs irisés qui dansaient autour d’eux.

Des silhouettes s’approchèrent. Elles semblaient humaines, mais leurs contours flottaient, mouvants, comme si elles n’étaient faites que de souvenir et de lumière. Leurs visages se modifiaient à chaque regard, reflétant tantôt des traits familiers, tantôt inconnus.

L’une d’elles s’avança, haute et droite, auréolée d’un halo bleu pâle. Sa voix ne passa pas par la bouche : elle résonna directement dans leurs esprits.

  • « Bienvenue à la Cité des Origines. Ici sont gardées les mémoires de tous les mondes. »

Félix trembla.

  • « Des… mémoires ? »

La silhouette inclina légèrement la tête.

  • « Chaque être qui franchit les portes laisse une trace. Pensées, gestes, prières, peurs et espoirs : tout devient pierre, tout devient chant. »

Nabil leva les yeux vers les tours cristallines qui scintillaient.

  • « Ce sont… nos vies qui bâtissent la cité ? »
  • « Oui, répondit la voix. Vos vies, et celles de milliers d’autres avant vous. »

Ambre fronça les sourcils, méfiante.

« Alors cette cité n’est pas seulement un lieu… c’est une mémoire vivante. Mais pourquoi nous ? »

Une autre silhouette s’approcha, auréolée d’un éclat doré.

  • « Parce que votre monde est en déséquilibre. Parce que la fracture a ouvert un passage. Et parce que vous avez choisi d’entrer unis. »

Zabulon s’assit devant eux, ses yeux flamboyants.

  • « Ils disent vrai. La Cité n’accueille que ceux qui portent une faille en eux, et qui cherchent à la combler. »

Félix frissonna.

  • « Et… qu’est-ce qu’on doit faire ici ? »

La première silhouette étendit une main translucide vers l’obélisque central, dont la pulsation s’accéléra.

  • « Vous devez apprendre. Ici, chaque pensée peut devenir pierre. Chaque peur peut devenir ombre. Chaque espérance peut devenir lumière. La Cité est le miroir de ce que vous êtes. »

Le sol vibra sous leurs pieds. Des fragments cristallins s’illuminèrent, formant des images fugaces : Félix enfant dans la cour d’école, Ambre face à ses miroirs, Nabil priant dans le désert avec son père.

Ambre recula d’un pas, choquée.

  • « Ils voient tout. »

Zabulon, d’un ton posé, répondit dans leurs esprits :

  • « Ils ne jugent pas. Ils révèlent. »

Alors la silhouette dorée conclut, sa voix résonnant comme une cloche claire :

  • « Pour continuer, il vous faudra entrer chacun dans une salle de mémoire. Là, vos vérités seront éprouvées. Devenez, et vous connaîtrez la suite du chemin. »

Le silence retomba. L’obélisque battait désormais comme un cœur impatient, illuminant la Cité entière de ses pulsations.

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