Leurs mains liées, ils franchirent ensemble le seuil lumineux.
Aussitôt, une onde les traversa, chaude et glaciale à la fois, comme si tout leur corps était retourné. Mais au lieu du vertige qui les avait pris lors de la première faille, cette fois, ce fut comme une poussée en avant : leurs pas ne ralentirent pas, ils furent projetés au-delà.
Le monde qui s’ouvrit devant eux leur coupa le souffle.
Ils se tenaient au sommet d’une vaste esplanade circulaire, pavée de pierres translucides qui brillaient doucement sous leurs pieds. Tout autour, s’élevait une cité immense, mais sans murs, sans toits : une architecture de lumière. Des tours cristallines s’élançaient vers le ciel, mais leur matière changeait à chaque regard : verre, eau, métal, puis air pur. Les rues s’ouvraient en spirales, convergeant vers un centre où pulsait un immense obélisque iridescent, battant comme un cœur.
Félix resta bouche bée, incapable de parler.
- « C’est… une ville ? »
Ambre fronça les sourcils, son regard vif balayant l’horizon.
- « Non. C’est plus que ça. C’est… vivant. »
Autour d’eux, des silhouettes apparaissaient, translucides, drapées de halos. Certaines semblaient humaines, d’autres portaient des formes plus étranges, mais toutes rayonnaient d’une sérénité écrasante. Elles les observaient en silence, sans hostilité, comme si elles attendaient.
Nabil, au centre, sentit ses genoux ployer. Il posa la main sur sa poitrine et murmura d’une voix tremblante :
- « Que Dieu, nous protège. »
Les silhouettes s’inclinèrent toutes à ce mot, comme si elles l’avaient reconnu. Félix frissonna.
Zabulon s’assit entre eux et le sol, sa queue, vibrant lentement. Ses yeux flamboyants reflétaient la cité cristalline.
- « Bienvenue, dit-il dans leurs esprits. Vous êtes arrivés au seuil de la Cité des Origines. Ici, le temps et l’espace n’obéissent plus aux lois que vous connaissiez. Ici, chaque pensée devient pierre, chaque volonté devient chemin. »
Félix déglutit, soudain effrayé par l’ampleur de ce qu’il voyait.
- « Et… qu’est-ce qu’on doit faire ici ? »
Zabulon les fixa longuement, puis répondit d’une voix grave :
- « Ici, vous apprendrez que la plus grande épreuve n’est pas de survivre… mais de devenir. »
Un silence vibrant emplissait l’air. La cité, immense et mystérieuse, les enveloppait désormais. Et au centre, l’obélisque pulsait plus fort, comme s’il battait au rythme de leurs propres cœurs.