Le soir tombait sur le hameau blessé. Les habitants s’étaient regroupés autour des voyageurs, leurs yeux encore empreints de peur et de fatigue. Des braises mourantes crépitaient au centre du camp, mais elles n’avaient plus la force d’éclairer ni de réchauffer.
Ambre prit la parole, sa voix claire portant au-dessus du silence :
- « Si vous voulez survivre, vous devez rester unis. Nous allons vous aider. Mais vous devrez aussi nous aider. »
Des murmures s’élevèrent. Certains hochèrent la tête, d’autres se replièrent dans l’ombre, méfiants.
La nourriture
Félix, suivant l’instinct de Zabulon, mena quelques enfants à la lisière des collines. Là, sous la terre salée, ils découvrirent des racines comestibles, enfouies comme des trésors.
Il les ramena, fier malgré ses tremblements. Ambre improvisa un foyer. Bientôt, l’odeur de nourriture chaude monta dans l’air. Les habitants affamés se rassemblèrent, d’abord hésitants, puis pressés.
- « C’est peu, dit Félix en distribuant les bols. Mais c’est un début. »
La protection
La nuit venue, des sentinelles furent postées. Ambre prit la tête de cette tâche, enseignant aux plus jeunes comment tenir un bâton, comment guetter le moindre mouvement dans l’ombre.
- « La peur ne doit plus être votre seule compagne, dit-elle. Armez-vous de vigilance. »
Félix, encore hésitant, resta à ses côtés, surpris de voir que sa simple présence rassurait ceux qui l’entouraient.
La foi
Nabil, lui, s’assit parmi les anciens et les enfants. Sa voix douce se mit à réciter des versets qu’il connaissait, accompagnés de ses propres paroles :
Dieu nous éprouve, mais Il ne nous oublie pas. Chaque souffle que nous prenons est une preuve de Sa patience envers nous.
Certains pleurèrent en silence. D’autres fermèrent les yeux, murmurant des prières qu’ils croyaient avoir perdues. Une chaleur nouvelle parcourut le cercle.
La justice
Zabulon, assis au milieu du camp, fit entendre sa voix dans les esprits.
- « L’unité ne peut renaître sans justice. Ceux qui ont trahi, qui ont rejoint les pillards, devront choisir : revenir repentis ou rester dehors. Mais si vous vous divisez par la haine, la flamme s’éteindra encore. »
Ces mots frappèrent le cœur des habitants. Certains acquiescèrent, d’autres détournèrent les yeux.
Les résistances
Un homme massif se leva, les traits durs.
- « Pourquoi devrions-nous vous faire confiance ? Vous n’êtes pas des nôtres. Peut-être que vous nous trompez, comme d’autres avant vous. »
Le silence tomba. Ambre le fixa droit dans les yeux.
- « Tu as raison de douter. Mais sans confiance, vous mourrez. Et nous ne pouvons rien pour vous si vous nous rejetez. »
Nabil posa une main sur le bras de l’homme. Sa voix douce résonna :
- « Que Dieu, nous protège. Nous ne venons pas pour prendre. Nous venons pour donner. »
L’homme hésita, puis baissa lentement la tête.
La flamme renaît
La nuit avançait. Le feu, nourri des racines et du souffle d’unité, brûlait plus vif. Les habitants, serrés les uns contre les autres, se réchauffaient enfin.
Félix, Ambre et Nabil restèrent debout à l’orée du camp, veillant ensemble.
Zabulon s’assit sur une pierre, sa queue, battant doucement.
- « Vous avez commencé à rallumer la flamme. Mais souvenez-vous : elle ne brûlera que si chacun souffle dessus, et pas seulement vous. »
Le hameau, fragile, vacillait encore. Mais dans la nuit, une première lueur d’espérance brillait.