Le chat Zabulon – 16 – Le sanctuaire des pierres levées

Ils suivirent le messager en silence, leurs pas amortis par l’herbe souple de la vallée. L’air semblait vibrer autour de lui : chaque fois qu’il posait le pied au sol, les plantes se redressaient comme pour saluer son passage.

Félix marchait avec appréhension, jetant des regards à Ambre et à Nabil. Ambre gardait son calme, mais ses yeux restaient vigilants. Nabil, lui, entra dans la vallée en murmurant :

  • « Que Dieu, nous protège. »

Zabulon trottinait à leurs côtés, le pelage légèrement hérissé, ses yeux fixés sur le dos du messager.

Au bout de la vallée, le paysage se transforma. Des pierres colossales émergeaient du sol, disposées en cercle parfait. Certaines étaient hautes comme des tours, d’autres couchées, gravées de symboles étranges qui brillaient doucement sous la lumière diffuse du ciel.

Félix s’arrêta, le souffle coupé.

  • « On dirait… un temple. »

Le messager entra dans le cercle sans un mot et s’immobilisa au centre. Il leva les bras et, aussitôt, une vibration parcourut les pierres. Des résonances sourdes emplirent l’air, comme si la roche elle-même chantait.

Ambre fronça les sourcils.

  • « C’est… de la musique ? »

Zabulon répondit dans leurs esprits, sa voix en harmonie avec le chant minéral :

  • « Non. C’est un langage. Le langage des pierres. »

Les notes graves montaient et descendaient, se mêlant en une mélodie archaïque. Félix ferma les yeux et des images s’imposèrent à lui : trois portails gigantesques, chacun ouvrant sur un paysage différent — une plaine lumineuse, une mer d’ombres, une montagne éclatante de lumière.

Ambre vit autre chose : une balance, avec trois poids qui oscillaient sans jamais se stabiliser.

Nabil, lui, aperçut une grande porte blanche, surmontée de l’inscription lumineuse : « Chaque pas est une épreuve, mais chaque épreuve est un pas. »

Quand la musique s’éteignit, le silence retomba, dense, presque sacré. Le messager baissa les bras, puis tourna lentement la tête vers eux. Ses yeux translucides semblaient sonder leur âme.

Zabulon fit un pas en avant.

  • « Il nous prépare. Ce lieu est un seuil. Mais les portes, elles, sont encore plus loin. Il faut être prêts… et unis. »

Le messager inclina la tête, comme pour confirmer. Puis il désigna de sa main ouverte une arche de pierre à l’est du cercle, une ouverture étroite entre deux monolithes gravés.

Ambre inspira profondément.

  • « Alors c’est par là que commence vraiment notre chemin. »

Nabil répéta doucement :

  • « Que Dieu, nous protège. »

Et ils franchirent ensemble l’arche, guidés par Zabulon et l’étrange messager, vers l’inconnu qui les attendait.

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