Le chat Zabulon – 12 – Les songes de la clairière

La nuit tomba doucement sur la clairière sacrée. Le ciel opalin s’assombrit en un voile parsemé d’étoiles mouvantes, comme si chaque astre respirait. La pierre blanche diffusait une lueur paisible, veillant sur leurs corps étendus.

Ambre s’endormit la première, roulée contre l’herbe parfumée. Félix lutta quelques minutes, puis céda. Nabil, après sa prière, s’allongea à son tour, son visage serein tourné vers le ciel.

Zabulon, lui, resta éveillé. Sa queue battait lentement la mesure d’une musique silencieuse, et ses yeux luisaient comme deux veilleuses. Il se pencha sur chacun d’eux, et sans un bruit, fit glisser leurs pensées vers le rêve.


Le rêve de Félix

Il se retrouva enfant, dans la cour de son école. Des voix moqueuses résonnaient autour de lui :

  • « Félix le muet ! Félix le lâche ! »

Il voulut répondre, mais aucun son ne sortit de sa bouche. Ses jambes tremblaient, son corps refusait d’avancer. Soudain, une main se posa sur son épaule. Il se retourna : Ambre, adulte, le fixait avec douceur.

  • « Tu n’es pas muet, Félix. Tu te caches. »

Et à côté d’elle, Nabil ajouta :

  • « Ta voix est ton épreuve. Trouve-la, et tu guideras autant que tu suivras. »

Une chaleur envahit sa gorge, et pour la première fois, il cria :

  • « Je suis là ! »

Alors les moqueries se dissipèrent comme de la fumée.


Le rêve d’Ambre

Elle se vit dans un miroir sans fin. À chaque reflet, son visage changeait : séductrice, guerrière, fragile, ridée, enfantine. Les reflets ricanaient.

  • « Tu n’es qu’un corps, Ambre. Sans ta beauté, qui te verrait ? »

Elle leva le poing pour briser la glace, mais une silhouette s’interposa : Félix, timide, ses yeux clairs mais sincères.

  • « Moi, je te vois. Pas tes formes, pas ton masque. Toi. »

Les miroirs explosèrent en éclats de lumière. Ambre sentit un poids s’envoler de ses épaules.


Le rêve de Nabil

Il errait dans un désert de sable infini. Au loin, il aperçut sa mère et son petit frère, qui l’appelaient d’un geste tendre. Ses pieds voulaient courir vers eux, mais une silhouette se dressa devant lui : son père.

  • « Noah… pardon, Nabil, mon fils. Tu dois continuer ton chemin. Nous sommes déjà revenus à Dieu.

Le garçon sentit ses larmes couler, mais son père posa une main sur son front.

  • « Patience, mon fils. Ton heure viendra, mais pas maintenant. Guide, console, et tu ne seras jamais seul. »

Il répéta d’une voix ferme :

  • « Merci mon Dieu »

Le désert s’illumina d’oasis verdoyantes.


Zabulon

Du haut de la pierre, le chat contemplait leurs songes. Il souffla doucement dans leurs pensées :

  • « Vous commencez à comprendre vos épreuves. Mais ce ne sont que les premières marches. D’autres viendront. Et la forêt, elle aussi, vous observe. »

Ses yeux se fermèrent enfin, tandis que la clairière murmurait de mille chuchotements invisibles.

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