Le chat Zabulon – 10 – Les épreuves de la forêt

La forêt s’ouvrit devant eux comme un labyrinthe vivant. Les troncs se dressaient, immenses, leurs écorces couvertes de veines lumineuses. Le bruissement des feuilles ressemblait parfois à des soupirs, parfois à des rires.

Félix marchait derrière Ambre et Nabil, le cœur battant. Tout l’effrayait : les ombres mouvantes, les craquements secs, l’impression que chaque arbre les suivait du regard.

Soudain, un chemin s’ouvrit sur la gauche. Dans la pénombre, Félix aperçut une silhouette familière : son père, disparu depuis vingt ans, qui l’appelait doucement.

  • « Félix… mon fils… viens… »

Il fit un pas, tremblant, sans réfléchir. Mais la voix de Zabulon résonna aussitôt dans son esprit, coupante comme une gifle :

  • « Illusion. Si tu entres dans ce chemin, tu n’en sortiras pas. »

Félix recula, suffoquant. Le visage de son père se dissipa comme de la fumée.

Ambre, de son côté, sentit le sol se dérober sous ses pas. Elle se retrouva face à un miroir d’eau, et dans ce reflet, elle vit une autre version d’elle-même : vieillie, fatiguée, brisée. La voix de son double résonna :

  • « Tu caches tes peurs derrière la force. Mais tôt ou tard, elles te détruiront. »

Ambre se mordit les lèvres, prête à répondre. Mais Zabulon, par télépathie, écrivit directement dans sa pensée :

  • « Ce n’est pas toi. C’est la forêt qui veut te briser. Reste debout. »

Alors l’image s’effaça. Ambre inspira profondément, retrouvant sa fermeté.

Nabil, lui, s’était arrêté devant une clairière d’ombre. Il vit sa mère et son petit frère, couchés parmi les décombres, comme il les avait laissés. Cette fois, il s’agenouilla, le cœur serré. Mais au lieu de tendre les bras, il baissa la tête et murmura :

  • « Merci mon Dieu . »

Un souffle chaud parcourut la clairière. Les silhouettes s’évanouirent. Nabil se releva, le regard clair, comme renforcé.

Les arbres grincèrent, presque furieux. Puis, soudain, le bruit cessa. La forêt s’écarta, révélant une vaste clairière circulaire. Au centre se dressait une pierre blanche, polie comme du marbre, irradiant une lueur douce.

Ils s’approchèrent, épuisés. La clairière avait quelque chose de sacré : le sol était couvert d’herbes souples, parfumées, et une source claire jaillissait au pied de la pierre.

Ambre se laissa tomber à genoux, buvant à grandes gorgées. Félix éclata en sanglots, les nerfs rompus par la tension, avant de s’adosser contre la pierre, enfin apaisé.

Nabil, lui, se tourna vers l’est, se lava le visage dans l’eau claire et entreprit sa prière, les mots s’élevant avec calme dans l’air cristallin.

Zabulon s’installa sur la pierre, ses yeux luisants observaient la clairière.

  • « Vous avez franchi la première épreuve », dit-il dans leurs esprits. « Reposez-vous. La route est encore longue. »

Et pour la première fois, Félix crut voir un éclat de tendresse dans les yeux du chat.

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