Le cercle des créatures se resserrait. Leur démarche était lourde, leurs articulations grinçaient comme du bois sous la tempête. Leurs yeux rougeoyants fixaient Félix, Ambre et Nabil sans cligner, comme des braises prêtes à s’embraser.
Ambre fit un pas en avant, les épaules droites.
- « S’ils veulent se battre, ils verront qu’on ne reculera pas. »
Zabulon tourna la tête vers elle, ses yeux phosphorescents plongeant dans les siens. Sa voix résonna en elle, nette :
- « Attends. La violence est leur langue la plus pauvre. Essaie de parler. »
- « Leur parler ? Tu plaisantes ? » grogna Félix. « Ils ne sont même pas… humains. »
- « Ils sont plus proches de la terre que vous », répondit Zabulon dans son esprit. « Leurs racines sentent vos craintes. Montrez-leur autre chose. »
Nabil s’avança à son tour, ses mains ouvertes. Sa voix était claire, mais douce :
- « Nous ne voulons pas vous nuire. Nous cherchons seulement notre chemin. »
Les créatures s’arrêtèrent, comme suspendues. L’une d’elles inclina la tête, ses lianes bruissant comme des feuilles froissées. Zabulon se posta devant Nabil, puis ses yeux se mirent à luire d’un éclat plus fort.
Félix sentit aussitôt une vague d’images envahir son esprit : forêts anciennes, eaux claires, pierres levées sous la lune. Un langage sans mots. Des visions qui semblaient être la mémoire même de ces êtres.
- « Ils ne parlent pas », expliqua Zabulon. « Ils se souviennent. Et ils me prêtent leurs souvenirs pour que je vous les transmette. »
Ambre plissa les yeux.
- « Alors transmets-leur les nôtres. Qu’ils sachent qu’on n’est pas des ennemis. »
Le chat s’exécuta. Félix sentit à son tour ses propres pensées tirées hors de lui : l’effondrement de l’immeuble, la poussière, le cri étouffé de Zabulon, la main d’Ambre serrant la sienne, le visage grave de Nabil priant au milieu du chaos. Tout cela passa comme une lumière dans le cercle des créatures.
Elles reculèrent d’un pas. Leurs yeux flamboyants perdirent de leur intensité. La plus grande d’entre elles leva lentement un bras couvert de mousse et de lianes. D’un geste solennel, elle indiqua la profondeur de la forêt.
Zabulon miaula, et sa voix résonna dans leurs esprits :
- « Ils nous laissent passer. Mais c’est aussi une épreuve. Si nous trahissons leur confiance, la forêt se refermera sur nous. »
Nabil hocha la tête, presque apaisé.
- « Alors marchons droits. Et qu’Dieu nous garde. »
Ambre échangea un regard avec Félix. Pour la première fois, elle lui adressa un sourire franc, débarrassé de son masque d’assurance.
- « Tu vois ? Parler, parfois, ça sauve la vie. »
Et, guidés par Zabulon, ils franchirent le cercle, pénétrant plus avant dans la forêt des murmures.