Le chat Zabulon – 7 – L’autre côté

Le silence de ce nouveau monde était presque assourdissant, comme si la traversée avait étouffé tout écho de l’ancien. Félix se redressa, encore étourdi. Ses mains tremblaient, ses jambes vacillaient. À ses côtés, Ambre reprenait lentement son souffle, les yeux fixés sur l’horizon.

Nabil, lui, resta un moment à genoux, les paumes posées au sol. Il inspira profondément, puis murmura d’une voix claire :

  • « Merci mon Dieu . »

Félix le regarda, troublé. Ce garçon venait de perdre sa famille, et pourtant c’était lui qui, dans ce monde inconnu, semblait le plus solide.

Ils levèrent enfin les yeux. Le paysage s’étendait devant eux : une plaine verte, hérissée d’herbes hautes qui ondulaient sans vent. Plus loin, une forêt se dressait, mais ses arbres semblaient démesurés, élancés comme des colonnes, leurs feuillages luisant de reflets argentés.

Le ciel était étrange. Pas bleu, pas gris, mais d’un éclat opalin, traversé de veines lumineuses, comme si des rivières de lumière coulaient derrière la voûte céleste. De temps à autre, une onde colorée passait, transformant le sol en miroir irisé.

  • « Ce n’est pas possible », souffla Félix.

Ambre, toujours debout, le regard fixé sur la forêt, répondit sans détour :

  • « Que ce soit possible ou non, on est là. »

Zabulon avança de quelques pas. Sa silhouette se découpait nettement dans cette lumière irréelle. Il se retourna vers eux et, de sa voix intérieure, dit simplement :

  • « Suivez-moi. »

Ils échangèrent un regard. Félix hésitait, partagé entre l’envie de courir se cacher et celle de ne pas rester seul. Ambre posa une main ferme sur son bras.

  • « On y va. »

Nabil se leva à son tour. Malgré la douleur gravée dans ses traits, il gardait cette sérénité étrange, presque surnaturelle.

  • « Si Dieu nous a conduits ici », dit-il doucement, « c’est qu’il y a un chemin pour nous. »

Ils commencèrent à marcher derrière Zabulon, les herbes hautes frottant leurs jambes. Le chat avançait d’un pas sûr, comme s’il connaissait déjà les sentiers de ce monde.

À mesure qu’ils approchaient de la forêt, Félix crut entendre des sons étouffés : des bruissements, des murmures, comme des voix trop lointaines pour être comprises.

Ambre serra les mâchoires. Nabil, lui, se contenta de répéter à voix basse :

  • « Que Dieu, nous protège »

Et chacun de ses mots résonna comme une bulle de lumière dans cet inconnu.

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