Ce fut d’abord une secousse, comme si leurs corps s’étaient dissous dans une vague de chaleur. Félix sentit ses os se liquéfier, ses poumons s’emplir d’air dense, presque solide. Il tenta de crier, mais aucun son ne sortit.
Autour d’eux, la lumière n’était pas uniforme. Elle se tordait, formant des spirales irisées, comme des nappes d’huile sur de l’eau. Les couleurs changeaient sans cesse : bleu incandescent, vert acide, rouge sombre. Ambre lâcha un gémissement étouffé, serrant plus fort la main de Félix.
Nabil, lui, ferma les yeux. Ses lèvres murmuraient une prière, paisible, régulière, comme une ancre dans ce chaos.
- «Que Dieu, nous protège…»
Félix sentit ses entrailles se renverser. Sa perception du temps éclatait en fragments : une seconde paraissait durer une heure, puis s’évaporer dans un battement de cil. Il voyait son bras se dédoubler, Ambre se démultiplier en silhouettes floues, et Nabil devenir enfant, vieillard, puis adolescent à nouveau, tout en un seul instant.
Des voix résonnaient, lointaines, incompréhensibles. Elles semblaient provenir à la fois de l’extérieur et de l’intérieur de son crâne. Des chuchotements, parfois des rires, parfois des larmes.
Soudain, une vibration plus forte secoua leurs corps. Comme une bourrasque, mais sans vent. Félix eut l’impression d’être aspiré à travers l’œil d’un cyclone. Son cœur battait à tout rompre, ses oreilles bourdonnaient.
Puis, tout s’arrêta.
Ils basculèrent lourdement sur un sol ferme. Félix ouvrit les yeux en haletant. Autour de lui, l’air était clair, presque cristallin. La poussière des décombres avait disparu. Une odeur d’herbes fraîches flottait.
Ambre se redressa en silence, le regard écarquillé. Nabil, toujours agenouillé, achevait sa prière d’une voix calme.
Et là, à quelques pas devant eux, Zabulon les attendait. Ses yeux luisaient encore, mais moins violemment. Il s’assit, sa queue battant doucement le sol, comme s’il patientait depuis toujours.
Félix leva les yeux.
Le monde de l’autre côté commençait à se révéler.