Le chat Zabulon – 5 – Le passage

La lueur de la fissure vibrait comme une respiration haletante. Chaque seconde, elle semblait se contracter, puis s’élargir, comme un battement d’ailes hésitant. L’air se chargeait d’électricité, piquant la peau et hérissant les cheveux.

Félix, Ambre et Nabil restaient figés, incapables d’avancer. Le temps suspendu les tenait prisonniers de leur peur.

Alors, une ombre apparut dans l’ouverture. Deux yeux phosphorescents brillèrent dans la pénombre. Zabulon repassa sa tête par la faille.

« Dépêchez-vous », gronda sa voix résonnante. « Le passage se referme. »

Sa gueule ne bougeait pas, mais les mots claquaient dans leur esprit comme des ordres indiscutables. Félix sentit ses jambes trembler. Ambre resserra sa main autour de la sienne, comme pour l’empêcher de flancher. Nabil, lui, fronça les sourcils et fit un pas en avant.

« C’est maintenant », dit le garçon. « Vous entendez ? Même votre chat le sait. »

« Notre… chat », souffla Ambre, comme pour vérifier qu’elle ne rêvait pas.

« Oui », répondit Félix, la voix brisée. « Et il a l’air de savoir où il va. »

La fissure se mit à vibrer plus fort. Des éclats de poussière tombaient du plafond, attirés comme par une force invisible. Les contours lumineux se resserraient, se pliaient sur eux-mêmes.

Zabulon émit un miaulement bref, autoritaire.

« Passez ! Maintenant ! »

Nabil s’avança sans hésiter. Il se tourna une dernière fois vers Félix et Ambre, un éclat tranquille dans le regard.

« Dieu veille », murmura-t-il.

Et il franchit le seuil, happé par la lumière.

Ambre inspira profondément, serra la main de Félix et l’entraîna avec elle.

« Viens. On n’a plus le choix. »

Félix résista une fraction de seconde, le souffle court, la peur au ventre. Puis il croisa les yeux ardents de Zabulon, et se laissa tirer.

Tous trois plongèrent dans la faille au moment où ses parois se rejoignaient dans un claquement sourd.

Le monde s’effaça derrière eux.

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