Le chat Zabulon – 4 – Le survivant

Le silence retomba après la disparition de Zabulon dans la lueur mouvante de la fissure. Félix et Ambre restèrent figés, les mains toujours jointes, les yeux fixés sur l’ouverture.

« Et si c’était un piège ? » murmura Félix. « Si on ne pouvait jamais revenir ? »

Ambre, pâle mais résolue, fronça les sourcils.

« Tu veux rester coincé ici, sous des tonnes de béton, en attendant qu’on nous retrouve ? S’il y a encore quelqu’un pour venir. »

Ils échangèrent un long regard. Le doute, la peur, l’inconnu. Félix sentait son cœur battre à rompre sa poitrine.

Un bruit sec interrompit leurs pensées : un gravât déplacé, un souffle. Ils se retournèrent d’un même mouvement.

Un garçon se tenait là, dans un recoin de décombres, les yeux sombres mais étrangement paisibles. Quinze ans, peut-être seize. Ses vêtements étaient couverts de poussière, ses mains écorchées.

« Tu n’es pas seul », dit-il calmement. « Moi aussi, je suis vivant. »

Félix resta bouche bée. Ambre s’approcha, inquiète.

« Comment tu t’appelles ? »

« Nabil », répondit-il.

Il détourna un instant le regard vers un amas de gravats, où une petite main d’enfant dépassait encore. Un voile de tristesse passa dans ses yeux, mais il ne pleura pas.

« Ma mère et mon petit frère… ils sont partis. Dieu les a rappelés à Lui. Moi, je dois continuer. »

Ambre posa doucement une main sur son épaule. Nabil baissa la tête, puis se mit à murmurer, à voix basse, les mots d’une prière. Ses lèvres bougeaient avec une lenteur apaisée, comme s’il récitait une vérité plus forte que les ruines autour de lui.

« Mon baba disait toujours : les épreuves, c’est Dieu qui nous les donne. Les bonnes comme les mauvaises. Il faut les traverser avec patience, sinon on marche à côté de Sheitan. Moi, je veux rester du bon côté. »

Ses mots résonnèrent étrangement dans l’air saturé de poussière. Félix sentit sa gorge se serrer. Ambre, elle, avait fermé les yeux, comme pour accueillir cette force tranquille.

Puis Nabil releva la tête. Ses yeux sombres brillèrent à la lueur de la fissure.

« Ce passage… ce n’est pas un hasard. Dieu nous l’envoie. Il faut le franchir. »

Félix blêmit. Ambre inspira profondément, et pour la première fois depuis le début du chaos, elle ne trouva rien à répondre.

Nabil s’avança vers la faille, sans hâte, mais sans peur.

« Venez », dit-il simplement. « Dieu veille. »

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